(Chemins de) croix
L'idée de cette page me vient par le biais de la photo que j'ai postée ce jour sur Aminus : celle-ci.
La chose en train de sécher sur le tancarville est ce tapis-là :
... peut-être mérite-t-il deux mots, comme certains objets qui me suivent depuis longtemps, et sans doute pour toujours, tant que je serai en ma vie (car nos enfants sont en la leur et ne devraient normalement pas s'encombrer de la nôtre).
En fait j'ai toujours aimé le point de croix, et je fais des canevas depuis que je suis ado. Je n'ai jamais été bonne en couture mais ça, me plaisait, m'apaisait même peut-être. Je crois parfois me sentir bien à suivre un chemin de choses répétitives, du moment qu'elles me plaisent, qu'elles me cadrent, va savoir ... la régularité des gestes, l'esprit qui peut s'envoler pendant que les mains doucement s'activent.
J'ai retrouvé il y a des années un grand canevas (un phœnix) commencé quelque quarante ans auparavant et je l'ai terminé ; je me souviens encore de cette petite mercerie pendant des vacances bretonnes où j'étais toute guillerette de retrouver les bobines de fil à broder qui me manquaient et que je ne retrouvais plus nulle part.
Il a dormi dans un coin jusqu'à ce que mon aînée ne le découvre et s'en entiche ; étonnée que ça lui plaise, je le suis plus encore qu'elle l'ait fait encadrer avec soin et en ait fait un objet de déco de son chez elle !
Ce point, les petites croix, je ne sais pas quand j'ai appris à faire ça, en primaire ? au collège ? je ne sais plus, mais je me souviens avoir vu des images d'abécédaires confectionnés ainsi et qui m'ont toujours plu.
J'ai aussi écrit un texte, Crucifères, ICI, qui évoque cet attrait.
Quant au tapis tricolore en photo sur cette page, il a lui aussi été fait quand j'étais jeune, mais quand ?
Ses motifs géométriques avaient attiré mon regard : je me disais que ce pourrait être marrant ces contraintes de dessins à suivre. Il s'agit d'un tableau (Josef Albers, Fugue) que j'ai découvert dans les Muses, une encyclopédie artistique qui paraissait en fascicules hebdomadaires que mes parents acceptaient gentiment de m'offrir ; je les feuilletais chaque semaine avec gourmandise et attention :
Il est un peu déformé, vieilli mais il tient encore bien. (Comme moi en somme). Et il a une particularité qui lie encore plus fortement mon passé à mon présent, c'est ce liseré noir devenu gris avec le temps, comme des cheveux avec ce même temps qui passe : il a été cousu par ma mère et je la vois encore penchée sur la machine à coudre à le faire. Elle n'a pas eu cette chance mais ce qu'elle voulait, m'a-t-elle dit un jour, c'était être couturière. Au moins, il me reste cette trace infime et infinie de ce fil passé entre ses doigts et que je garde entre les miens.