C'est quoi, ça ?
... dans la matinée, de ma fenêtre, j'avais, avec stupéfaction, remarqué des choses, en grande quantité, charriées sur ma Marne. Et ça venait de la Seine, de Paris, souventes fois de mauvaises choses en viennent. La Seine faisait sa scène de ménage, avait des reflux œsophagiens issus d'orages polluants ? C'est vrai qu'hier et aujourd'hui il a beaucoup plu, et il pleut encore, averses, à verse : ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre, et si même ça pouvait durer et durer encore. La fraîcheur, l'eau qui respire. Et nous !
Juste après l'entre-midi, comme ils disent en Lorraine, je suis allée y voir de plus près. Avec cette chance de profiter d'une minuscule saison sèche au court de laquelle les trottoirs avaient été des buvards de pierre. Il faisait frais, il faisait bon, même si ces tristes traces m'inquiétaient.
C'est comme si elles suivaient un chemin, un canal de courant, et qu'elles refluaient, ces choses, toutes, vers l'écluse proche de Saint-Maurice, chamboulées alors comme par une contre-force et mélangées aux flots tonitruants des gerbes aquatiques d'icelle.
Tout net, ça s'arrêtait là ; de l'autre côté du ponton, c'était sans scories. Je me suis accoudée du côté salissures et regardé longtemps : je tentais de comprendre, mais comment ? Un homme près de moi regardait, lui aussi, et aimablement je l'ai interpellé, voulant lui demander son avis, mais à peine avais-je dit monsieur qu'il tournait les talons. Il était peut-être sourd, mais une fois loin de ma portée de voix il s'est retourné pour voir si j'étais toujours là, et c'est moi qui ai détourné la tête, kesta toi ?
Je suis restée un long moment à regarder ces enchevêtrements d'eaux moussues, de chantilly de pacotille : c'était beau malgré tout, glaçant un peu, pourtant, ce mystère.
Mais c'est fascinant, qui qu'elle soit, de regarder l'eau.