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De ces matins

Publié le par Nikole

   
    Ces matins où d'instinct, je garde les paupières fermées au moins quelques instants, le temps que tentent de s'imprimer dans ma mémoire quelques images qui surnagent de ma nuit. 
    À l'instar de la profession de foi de bien gens qui écrivent, j'ai longtemps eu sur mon ordi le Nulla dies sine linea de Pline (pas un jour sans une ligne) et puis non, je n'écris plus tous les jours. Mais j'ai fait mienne la phrase Nulla nox sine somnio (pas une nuit sans rêve), inutile à préciser car nous rêvons tous, même si certain(e)s ne se souviennent pas avoir rêvé.
    J'ai toujours accordé à ce phénomène une importance -peut-être- trop grande, considérant souvent que les rêves nocturnes sont aussi vivants que la vraie vie, allant jusqu'à m'auto-persuader que la nuit, on vit dans une autre dimension, et que ces déambulations chimériques -voire- disent tant sur nous qu'elles devraient pouvoir nous aider à nous sentir mieux si l'on pouvait en tirer quelque leçon de vie ... encore faudrait-il le pouvoir, à défaut de le vouloir.
    Toute cette entrée en matière pour dire que, dans l'idée, le linea de l'expression rejoignit cette nuit son somnium parallèle. Car une fois posée la scène comme dans un film de mes éternelles errances dans une ville inconnue où je me perds sans crainte, comme en attente, je rêvai d'Amélie Nothomb, lui racontant comme j'étais maladivement jalouse des gens qui écrivent et éditent, lui avouant, un peu honteuse, que je ne regardais pas d'émission littéraire à la télé, les tripes vriées de n'être pas à leur place, reconnue, au moins un peu, ce qui est pour moi d'une importance -mots, photos- qu'on n'imagine peut-être pas, sentiment que j'étouffe en m'engueulant au passage : Si tu veux tant écrire, fais-le, au lieu de te plaindre.  J'ai bien écrit un truc pro, mais ça ne compte pas, j'ai bien écrit un truc pas pro, mais les deux ou trois maisons d'édition à qui j'ai envoyé la chose l'ont rejetée. Finalement ma seule constance est dans ce blog. Où je mets tant, et presque tout, de moi, en petites touches spontanées et ponctuelles, c'est peut-être mon problème, je ne parviens à écrire que comme ça, brève, comme par cris festifs, tristes ou silencieux.
    Pas étonnant que j'aie rêvé de cette écrivaine-là, que je suis depuis ses débuts et que j'ai rencontrée maintes fois, en général et en particulier, même sans être proche, et qui représente pour moi l'idéal de l'écriture : la facilité, le talent, et la politesse (la seule à peu près qui réponde aux courriers).
    Elle était près de moi, m'écoutant, ne sachant pas quoi dire, pour le coup, et me prenant maladroitement dans ses bras, pour, finalement, me lâcher, et détourner la tête, d'un air impuissant.
    Et si ce n'est sa présence dans ce rêve-là, finalement, mes nuits sont donc, parfois, aussi réelles que mes jours, dans mes pensées obsessionnelles.


(Photos prises par moi lors de sa venue à ma librairie de quartier en septembre 2025)

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