Se réveiller ...
... comme une fleur ...
En exergue du livre, il y avait cette citation de Paul Valéry :
Que vous êtes heureux ! Il ne vous manque que le sentiment de l'être.
Et le texte commençait ainsi : Il faut que je raconte cette histoire tant qu'il me reste de la peinture bleue sur les mains. Elle finira par disparaître, et j'ai peur que les souvenirs s'en aillent avec elle, comme un rêve qui s'échappe au réveil et qu'on ne peut retenir. J'ai embarqué le livre.
La nuit d'avant, un cauchemar m'avait réveillée en sursaut à trois heures du matin : une violente stridence ! Sauf que ce n'était pas un rêve, mais au contraire la réalité qui m'attrapait par l'oreille droite. Aussitôt, panikabor ! La stridence, comme un long cri acéré, habitait une oreille devenue sourde à tout autre son. Je me suis ruée sur la cortisone qui jusque là a toujours dompté mes -heureusement- rares crises d'acouphènes.
Attente d'une amélioration, concentration et impossibilité à retrouver le sommeil, sauf en quelques tombées ponctuelles mais qui me ramenaient toujours à une réalité qu'optimisme ou méthode Coué, je trouvais un peu plus audible ... Je n'ai jamais pu me rendormir vraiment mais me suis réveillée quand même, puisque le chant d'un oiseau, dans les deux oreilles, m'a rendue à la vraie vie qui vaille d'être vécue, celle d'un corps qui retrouve le champ de la banalité, ou devrait l'être, d'une santé étale.
Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, avec des variantes de longueur et d'intensité, ça m'arrivera encore, mais ce qui m'étonne, chaque fois, dans ce que parfois souffre mon corps, c'est la rapidité avec laquelle ça arrive, comme de nulle part ... là, pourquoi en plein milieu de la nuit, alors que je dors ?
Grâces soient rendues aux trouveurs, dans les années 30, de ma molécule magique, qui pour l'instant fonctionne toujours. Pourvu que ça dure, au moins pour cette affection-là : je sais que ce n'est pas le cas pour tout le monde, il s'en faut de beaucoup.
La journée a passé comme dans un ... rêve, puisque je n'avais mal nulle part, et que l'état d'esprit qui s'ensuivit suffit à me faire passer des heures heureuses, juste à me sentir vivre, comme quand une fenêtre s'ouvre aux matins bleus pleins d'espoir après
-maladies, crises, douleurs, pleurs, angoisses- des nuits de souffrance.
Je repensai à une phrase, que je crois être de Bazin mais que je n'ai jamais retrouvée, et que dans ma tête j'associe au vert qui est parfois vue comme la couleur de l'espoir ... éclaboussée d'espérance, voilà comment je me sentais en cet instant. Cette phrase qui m'était déjà montée à la tête il y a quelque temps, un jour de clinique, et qu'au même moment j'avais photographié le trottoir où je marchais, miroir de mes pensées.