Introspection
Il me semble rare que des bureaux pro, médicaux de surcroît, présentent une quelconque originalité de déco. Le grand bonhomme extraverti d'anesthésiste nous fit entrer dans celui-là, inattendu et à la découverte agréable. Ce ne sera pas lui qui m'endormira ce mardi, mais un discret tout en douceur, cheveux gris, anneau gris et bras bardés de tatouages bleus.
Au stress toujours ressenti par mézigue en attente de vécu/résultat de problèmes potentiels corporels, dès l'entrée à l'accueil-le-pas-forcément-bien-nommé de la clinique s'ajouta celui que je dus apprivoiser en composant avec une machine pour m'enregistrer, après que l'hôtesse dudit accueil, certes polie mais, passées de longues minutes de conversation avec une copine qui s'était manifestement installée sur le comptoir comme sur un zinc de bar, m'eut appris que c'étaient la machine et l'écran de contrôle qui me guideraient. Démunie comme je suis quand je ne contrôle pas une situation que je ne sens pas bienveillante, je régresse alors presque comme en état d'enfance.
La machine -je suis une handicapée des machines, elles me font tachycarder- fut heureusement compréhensive, et l'administration aimable, où je me délestai d'un large dépassement d'honoraires que j'accepte, proximité et qualité des soins (et puis c'était là qu'on m'avait, dans de fort bonnes conditions, couicqué une demi-tyrroïde) me faisant accepter un sacrifice financier.
Il y a, pour moi, pire que la canicule en matière de ressenti corporel désagréable. Même en me disant que, certes, ce ne serait pas à priori de déshydratation que je souffrirais, voire ..., je m'imaginais mal parvenir devoir avaler, deux litres et demi de liquide minimum, en plus de la purge, en une soirée. Je n'y parvins pas tout à fait, finissant presque par vomir de l'eau claire, avec en tête, rigolatoire cette image-là, un extrait de film où l'on torture quelqu'un en le forçant à avaler des litres de liquide via un entonnoir (il me semblait que c'était un film avec Fernandel, mais le concernant, je n'ai trouvé que l'extrait de chatouilles des pieds par une chèvre, si ce dont je parle concernant l'eau vous met en tête une ou des référence(s) précise(s), je suis preneuse de l'info).
Bref, passer trois jours en mangeant -peu, tant ça beurke- sans fruits, sans légumes, sans fibres, sans résidus, ça aussi c'est une épreuve pour moi, en plus de la flotte à hyper-satiété, sans compter, avec l'effet karcher du médicament préparatoire, la douloureuse brûlure de certain orifice fortement sollicité dans ces cas-là. Où la re-découverte du talc, oui, celui-là même qu'on saupoudrait sur les fesses des bébés, s'avère d'un grand secours ...
Allez, je me suis assez largement épanchée sur les coulisses préparatoires de la chose, revenons à Bercy, non, pas la salle de concert, mais celui de la clinique où j'opère mon cinéma, en me faisant des films ...
Au troisième étage, l'infirmière m'explique tout avec humour :
- Je vais vous poser des tas de questions, parce que nous les infirmières, nous sommes curieuses.
C'est la première fois ?
- Uiii ... en tout cas pour ça. J'ai la trouille.
- De quoi ?
- De mourir (je m'en veux tellement d'être aussi trouillarde, mais j'avoue quand même).
Comme elle est polie et pro, elle ne se moque pas, et préfère me mettre en confiance et me dérider.
- Vous voulez que je vous explique tout ?
- Uiii ...
Alors elle me raconte les attentes, les couloirs où personne n'est jamais loin, la surveillance constante, le déroulement ensuite etc.
- Sans compter la tenue fashion week avec les fesses à l'air ! Et la récompense de la collation-surprise après.
Je parviens à sourire et elle m'envoie en salle d'attente. Où un homme me dévisage longuement. Qu'ai-je ? QU'AI-JE ?
Une fois étendue sur un brancard, (des)habillée à la mode bleu-hôpital jetable (j'imagine des tombereaux de déchets polluants plastifiés ou autres non recyclables, c'est à donner le tournis) je vois passer quelqu'un dont la tête me dit quelque chose qui me salue et me sourit : suis-je bête, c'est le gastro-entéro qui va m'introspecter par les deux bouts ...
Dans la salle d'op, l'ambiance est bon enfant, ça circule et s'occupe de moi, me parle, me rajoute un oreiller. Catheter. Muselière ouverte attachée autour de la bouche (j'ai presque envie de rire en me remémorant un objet SM ressemblant à ça et vu récemment dans un film à la télé -Iris et les hommes, avec Laure Calamy-).
Histoire de me la jouer décontract', je rappelle au toubib que lors de notre rendez-vous préalable, on avait, entre autres, parlé de David Bowie et qu'il m'avait lancé que peut-être ... Ah mais oui !, et tout à coup il se souvient de moi
Ni une ni deux, il le fait ! Et je m'endors sur :
(Si c'est marqué sur la vidéo : Lecture non autorisée, cliquez, ça peut fonctionner quand même, c'est mon cas ... Youtube m'em..... beaucoup avec ça en ce moment, je ne sais pas si c'est la même chose pour vous ... La chanson, c'est Life on mars)
Lors de ma première anesthésie générale, comme beaucoup de gens, j'ai eu l'impression qu'il ne s'était passé qu'une fraction de seconde entre battement de cils fermant/battement de cils ouvrant ... là, non, entre les deux, je rêvai, longuement me sembla-t-il -rêves sans angoisse- et me réveillai.
Je remettais depuis longtemps cet exam et puis, l'âge, des inquiétudes digestives en général m'ont décidée. Diagnostic on ne peut plus banal (dont je me doutais, espérant que ce ne serait pas plus) et courant au vu de l'usure des organes : œsophagite, hernie hiatale, pas bien méchant, juste irritant, c'est le cas de le dire ...
Dehors, IL m'attend. On rentre. Je serai un peu sonnée tout le reste de la journée. On dirait que le propofol a sur moi une forte action. Dormir encore, longue sieste, presque au frais, dans la chambre ventilée et au nord. Sans peur. Tranquille.