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Les éclopés

Publié le par Nikole

(affiche lacérée dans le métro parisien, image d'archives perso)

 

    Mon quartier est comme un village : on y croise des personnes qu'on salue sans les connaître, on finit par connaître les personnes qu'on salue, les points de rencontre sont communs, entre la pharmacie où l'on taille la bavette, et le troquet du coin où on tape la bise à Marius, le serveur toujours affable.
    Une certaine Nicole (une autre, dix bonnes années de plus que moi) est un sacré phénomène, forte en gueule, rigolote, présente partout ... et justement à la pharmacie je demandai de ses nouvelles, ça faisait un moment que je ne l'avais pas vue rôder dans le quartier. J'appris alors qu'elle était à l'ephad depuis quelque temps, ayant de plus en plus d'épisodes inquiétants, comme celui de se balader dehors la nuit en chemise ... certes, ça craint ! La nouvelle m'a fait un peu de peine, comme chaque fois que dans le secteur quelqu'un disparaît de la circulation. Mais bon, c'est notre lot à tous de devenir invisible d'une façon ou d'une autre, puisse la vie me préserver le plus longtemps possible dans les meilleures conditions possibles.
    En quittant la pharmacie avec mes statines, j'ai fait un saut au G20 juste à côté, histoire d'acheter des cornichons doux (absence inimaginable dans mon frigo !) En m'approchant de la caisse, j'ai entendu fredonner Des pommes, des poires, et des scoubidous-bidous, ah ! Ça m'a fait rigoler d'entendre un client chanter ça et j'ai entonné  Pom-mes pom-mes poi-res poi-res et des scoubidous-bidous. Le monsieur a été un peu étonné et à la caissière, jeune et d'origine étrangère, qui en se marrant nous dit qu'elle ne connaissait pas, on a rétorqué en cœur que c'était normal !
    Le monsieur est sorti et je suis sortie derrière lui. J'ai remarqué qu'il clopinait et que son genou droit était couvert d'ecchymoses. Mon genou gauche à moi et mon attelle on a failli se prendre un fou-rire. En attendant que le petit bonhomme passe au vert, j'ai fait remarquer au monsieur qu'on faisait la paire, lui avec son genou droit et moi avec mon genou gauche. Il m'a demandé ce que j'avais : au mot "arthrose", il a semblé me plaindre et commencé à énumérer curcuma et tutti quanti, les gris-gris à la mode qui ne peuvent pas faire de mal de toute façon. On a évoqué ainsi quelques recettes sanitaires convenues. Il a ensuite tourné les talons en agitant le bras en signe d'au revoir.

 

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