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Plâtras

Publié le par Nikole

 

 clic !

Plâtras

 

    Il y a peu, je suis retournée sur mon (ex) lieu de travail. Depuis tout ce temps du confinement-télétravail-puis-retraite-dans-la-foulée, j’avais laissé au loin tout de mon ancienne maison. Et c’est bien ça, aussi remplie que mon lieu d'habitation. Papiers livres boîtes objets que laisser que jeter et que garder, rapporter ? … Renouer le fil avec mes collègues préférés, comme c’était bon de discuter avec eux, Liset et Christophe, de rire, de sentir comme on est bien quand avec quelqu’un on est bien. Mon pauvre bureau ! J’avais oublié comme il avait été oublié, comme les images blanchissent au soleil, comme la peinture s’effrite quand on a abandonné certains murs. On ne peut mettre l’argent d’une université à la fois dans sa pub putassière et dans les locaux des gens qui y travaillent, faut pas déconner … Et chaque bout de scotch sur lequel je tirais laissait une cicatrice supplémentaire sur les murs déjà non au bord, mais complètement dans l’esclandre … et le soleil tapant soulignait encore cela comme des traces dessinées sous l'action des UV. Soumise à ma pathologie accumulative, je ne me suis pas résolue à jeter l’ensemble des photocopies en noir et blanc de photos -oui- qui jonchaient les surfaces. J’avais déjà songé à ça, cette idée d’une sorte d’art-pauvre-recyclage, de me servir des reliefs (les restes) comme support à autre chose : y écrire, mettre de la couleur (à la main … style aquarelle ?), ajouter, retrancher, que sais-je …

 

Plâtras

 

    J’ai pris dans mes bras la statuette du petit lecteur (brocante) sise sur mon bural et l’ai emmaillotée soigneusement dans du papier-bulle, y ajoutant dans mon sac de voyage mon lézard en bois (cadeau de mon homme), ma chouette grecque (cadeau de mon aînée Léonie) et le petit portrait de maman (cadeau de la vie), calés avec d’autres talismans minimes, importants, superflus, nécessaires.

 

    Je regardais toutes ces photos, j’en prenais plus que je n’en conserverais. Plus tard, je découvrirais, intimement liées au papier, des miettes de plâtre insérées dans l'épaisseur des feuilles imprimées, témoins de mon ancien lieu, comme on le fait parfois, volontairement alors, d’un peu de la terre d’origine, ou adoptée, qu’on emporte avec soi. Et qui devient une composante du ciment d’une autre vie.

    Las, le sort en était jeté, et mon petit lecteur, fragilisé par le voyage bien que protégé par sa houppelande de bulles d’air, a souffert de cette migration qui lui a fait prendre, en catimini, un coup sur la tête ! … c’est comme ça, la vie abîme, et c’est, ainsi que celui des humains, le destin de certains objets de faiblir, voire de mourir. Ce n’est qu’un objet, même si cet aboli bibelot n’est pas pour moi d’inanité sonore, pour emprunter les mots de Mallarmé. Je n’y penserai plus dans quelques jours, et en attendant un fichu-mouchoir couvre la blessure ! Il faut parfois s’arranger avec le regard.

 

Plâtras

 

    Ces mots, une fois de plus, peuvent faire penser que ma vie se vit au passé. Mais il ne s’agit pas de ça. Si le passé est ma maison, aussi, c’est parce qu’il ne cesse d’avoir une implication constante dans mon présent. Et si je le vis si bien, le présent, si sa spontanéité m’est essentielle, s’il est LE seul véritable instant de la vie, c’est à travers le double regard que j’en ai sans cesse de ce que j’ai vécu l’avant et qui me permet de vivre si fort le maintenant !

 

 (Jean-Louis Aubert, Plâtre et ciment)

 

Publié dans Cergy

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