Les habitudes
Est-ce d'être restée longtemps sans faire de photos dans le métro, voire peu ailleurs, d'ailleurs ? Est-ce dans l'enthousiasme de me retrouver devant un de mes terrains de jeux photographiques favoris, la perte d'une certaine assise, d'une certaine assurance dans la prise discrète ? Toujours est-il que j'ai, ces derniers temps, fait pas mal de photos incertaines, bougées, floues, à cet endroit-là.
Et j'avoue avoir oublié pourquoi j'ai ciblé, précisément, ces personnes-là.
Ce ne peut être pour la gent addictée aux écrans masturbatoires : sauf exception de micro-coups de gueule ou de pseudo-volontés de démonstration de quelque chose, d'ailleurs ridicules, mais fô bien que parfois la colère exulte ! sauf ça, donc, j'évite de photographier des attitudes qui me désagréent, alors quoi ? Peut-être pour cette femme-là, qui ferme les yeux, ce qui, dans une rame souterraine, est encore le meilleur moyen de s'extraire des irritations ambiantes. J'aime bien regarder les gens qui dorment là, ou qui pensent vaguement, les mains dans le vide et les yeux sans contraintes, ou ceux qui lisent, ou ceux qui écrivent. J'aime bien, dans la forêt pour moi terrifiante des connectés cerveaux rivés à quelques centimètres carrés d'oppression volontaire continue, ceux qui, seuls et environnés de douzaines de cellulaires qui les traquent comme en des barrières ennemies, gardent cet immense pouvoir de la sauter, en pensée, la barrière, et vagabonder dans le pré de leur propre imagination. Floue. Onirique. Libre.
