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Deux jours en novembre

Publié le par Nikole

 

Deux jours en novembre

 

     Que ce soit la fête des morts, des saints ou les deux, il est traditionnel, culturel, habituel, rituel, comme on voudra, de, sinon se recueillir en des endroits consacrés -cimetières, columbariums- parler un peu plus des morts, ou y penser, que d'habitude.

   On me dira peut-être que c'est aussi un moment commercial de vente de fleurs mais d'abord, personne n'a jamais obligé personne à les acheter, ensuite on peut y trouver du ... j'allais dire plaisir ... le mot messied ? Que nenni : partager des fleurs, même après coup, avec qui l'on a aimé, aimée, ne me choque pas, même pour un jour donné. Et si je n'ai pas de goût pour les chrysanthèmes, non pour leur attribution funèbre, mais pour ce qu'elles sont dans leur apparence, j'aime beaucoup la bruyère en fleur, même à des fins non funéraires (Hugo la mettait sur la tombe de sa fille, je la mets sur mon balcon ...)

    Deux premiers jours de novembre, donc, souvent gris, parfois processionnaires, ou purement de pensée tendre, même sans véritable tristesse, pour celles et ceux qui s'en sont allés en nanoparticules cendrées devenues nomades et immortelles, ou restés dans des boîtes qui nous accompagnent parfois. C'est la mort en terre qui me fait le plus peur, comme si l'être abandonné dans ce trou pouvait se réveiller un jour dans un silence sans fond et une cage éternelle d'où même l'âme ne pourrait s'échapper.

    Brrr ! Pas gaie aujourd'hui moi, hmmm ! Rien de lugubre à tout ça, une simple constatation des faits, ou plutôt de mes pensées. Et je pense à ma mère, encore et toujours, dans mon "autel" personnel, parce que vingt ans après sa mort j'ai régulièrement prégnante, organique, la sensation de manque de mes bras autour de son corps, comme pour inverser les rôles, comme pour reverser un amour que je n'ai pas toujours su accepter ou bien vivre ; parce que j'ai pardonné depuis bien longtemps les souffrances qu'elles m'a fait vivre involontairement en m'étouffant de cet amour, comme je me pardonne à moi d'avoir culpabilisé, lui en voulant de m'aimer trop, donc mal ; j'étais  jeune alors, je ne savais pas faire, je revendiquais maladroitement, confusément ma volonté d'être un peu libre, autrement. Je n'ai pas su parler. Je ne connaissais que le silence, lourd, injuste. La relation qu'on a aux êtres de notre famille est si complexe et c'est "normal", l'être humain l'est, et les rapports avec les siens peuvent l'être aussi.

    Mon cœur mis à nu ... peut-être que l'écriture me sauvera, un jour. Dire apaise ma mémoire.

   Un autre attachement, même en l'ayant quittée, me pousse à évoquer la ville où je naquis : Châlons-sur-Marne, devenue ensuite Châlons-en-Champagne (feraient bien de renommer Châlon-sur-Saône Châlon-en-Bourgogne, ça éviterait de mélanger les deux lieux et les orthographes !). J'y ai il y a peu évoqué mon passage récent, et je tenais à voir la tombe de Cabu, né là lui aussi ...

 

Deux jours en novembre

 

... et qui y est retourné.

 

Deux jours en novembre

Publié dans Châlons

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