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Chronik (9)

Publié le par Nikole

 

Nuit du dimanche 28 au lundi 29 novembre 2021

    Tomber sur des vieux papiers de famille inconnus, même s'ils ne révèlent pas forcément de lourds secrets, est porteur d'émotions vives. Cela nous remet au cœur des morceaux de vie prégnants qui nous immergent de plein fouet dans les évènements vécus par ceux qui nous furent si proches, de quelque façon que ce soit, et qui sont morts maintenant.
On se rend alors compte qu'on ne parlait pas beaucoup de la famille. La mienne a été (est toujours, pour ce qu'il en reste) parsemée, éclatée, silencieuse et lointaine. Ce n'est pas un reproche, mais une constatation. Je ne dois m'en prendre qu'à moi-même, la curiosité me vient maintenant, quand il est trop tard pour remonter le temps et éclaircir des points à jamais inconnus. De plus, le père refusait qu'on parle du passé, de ses parents, de son frère mort dans un camp, du passé d'enfant malheureuse de ma mère ; il voulait enterrer les mauvais souvenirs et on avait peur de sa colère toujours près d'affleurer.  Je n'ai pas assez profité des tête-à-tête avec ma mère pour lui poser des questions ; je ne m'explique pas cette attitude de ma part : de l'égoïsme ?

 

Mardi 30 novembre.

 

Chronik (9)


 

    Mon œil réjoui découvre un muret toujours vierge d'inscriptions crasseuses de l'autre côté de ma Marne. Un jour de gagné.
Ce matin déjà, fenêtre ouverte un peu avant la sonnerie du réveil, mon oreille réjouie avait découvert quelques oiseaux, leur chant, encore présents tout près de ma chambre malgré le froid. Quand le réveille-matin a égrainé les mêmes notes d'oiseaux en guise de réveil-douceur, l'écho, la réponse des uns et des autres m'a fait sourire et plaisir ; la journée commençait bien.

 

Mercredi 1er décembre

 

    Il pleut. En contrebas les voitures avancent en escargots ... la chaussée limace glissante? Mais les oiseaux ont encore tellement chanté ce matin et le muret est toujours blanc (deviendrais-je obsessionnelle ?) ... Tout va bien et mon cauchemar est loin : révolution gauchiste forcée, gens dans la peur, éparpillement, ascenseur envahi par les eaux, sensation de danger très prégnante ... plaisir au réveil de s'éloigner de ce monde parallèle-là.

 

*

    Décembre. "Normalement", ce n'est qu'à partir d'aujourd'hui que ce mot, "noël", devrait arriver sur les lèvres et dans les magasins, mais le processus est déjà engagé depuis plusieurs jours, les sapins, récemment, et depuis un moment déjà les confiseries. Je déteste cette idée de toujours vivre trop en avance les évènements. À force de faire ainsi, un jour les fêtes seront inversées, et novembre verra sur les étals une accumulation d'œufs de Pâques en chocolat ... n'importe quoi. Autre chose me déplaît dans ces fêtes : les gestes répétitifs : avant-hier, la locataire du rez-de-chaussée a remis sur sa porte la couronne traditionnelle, toujours la même, sortie du tiroir et qu'elle rentrera ensuite jusqu'à l'année prochaine. Tradition, oui, mais où est la créativité ? Le changement de déco, la couronne agrémentée d'une petite chose faite soi-même, d'une petite guirlande ou boule de couleur différente selon des années ? J'ai ainsi un souvenir-spectre, celui, dans les dernières années, chez mes parents, d'un sapin artificiel que mon père recouvrait d'un voile, encore décoré, jusqu'à l'année suivante : il ôtait alors le voile de mariée funèbre de la momie de Noël et plantait la chose au milieu du salon. Vision cauchemardesque, funeste, insupportable.

 

*

    À quoi me sert d'avoir tous ces livres d'art que je ne regarde jamais ?  Jamais ou, plutôt, "plus" jamais ? Jeune, je regardais souvent mes livres de peinture. Qu'est-ce qui fait que mes livres, non seulement de peinture mais aussi de photographie, dorment sur des rayons sans que je les dérange ? L'objet-livre est souvent, dans ce cas, le reflet, en quelque sorte, de l'exposition admirée et qui nous a donné du plaisir : la preuve en est tangible, et peut-être espère-t'on, ou croit-on, que cette émotion sera renouvelée, bien protégée entre ces pages ? je ne sais pas.
Dans "Les nuits de la pleine lune", un soir, Louise, dans son beau studio gris, se retrouve seule "avec elle", et j'aime le moment où elle va devant l'étagère de beaux livres et où elle en choisit deux ou trois pour passer la soirée au lit avec eux.

 

*

 

Chronik (9)

   

    Les livres ! Multiples amants de papier, de tête et de cœur ! Je ne les ai jamais  sacralisés. Il m'est déjà arrivé de leur emprunter une page de reproduction par exemple. C'est un objet vivant, pour moi. Et ... oui, je les corne et j'écris dedans (pas au stylo quand même, faut pas déconner !) et pas sur les bouquins d'art, je reconnais. Mais je dois avoir un Warhol auquel il manque un "remake" de Botticelli parce que je l'ai utilisé et laissé ensuite dans une pile de papier sur une moquette inondée par le trop-plein pluvial d'une terrasse, c'était il y a longtemps. Inondations ! Ça me rappelle la perte de tous mes magazines Zoom, péris dans des canalisations gelées puis dégelées, jadis encore, pendant une absence de Noël ! Quel cadeau en rentrant ! Parce que oui, il y a les livres, mais il y a aussi les magazines ...

 

Vendredi 3 décembre

 

    C'était étrange d'entendre au petit jour encore noir, des humains se parler dans le carré de verdure, ou à une fenêtre ouverte, comme la mienne, ce matin. On ne sait jamais trop, à cet endroit, d'où viennent et où vont les sons. On se serait cru pendant une saison nocturne en Scandinavie. Je me souviens que quand j'étais en Suède, je dormais chez mes hôtes dans un sous-sol "aveugle". Un jour, je me suis réveillée à quatre heures et suis montée à l'étage. Il faisait grand soleil dans la pièce éclairée d'une lumière suave. C'était pour moi si beau et si troublant à la fois, ce joli décalage !

 

Chronik (9)

 

 Samedi 4 décembre

 

    Il semble que chez beaucoup de gens les rêves suivent un fil conducteur. Il semble que le mien soit l'égarement. Une fois de plus, j'ai, la nuit dernière, erré en des lieux où je me perdais, dans des rues abruptes aux flancs escarpés où des bâtiments s'encastraient dans le roc: les architectures m'évoquaient la LUMA d'Arles, dans un beau camaïeu de gris, même si je savais, dans mon songe, être en Pologne, bien que rien ne le montre.
Heureusement pour moi, ces errances, si souvent elles inquiètent un peu mon double nocturne, ne l'angoissent pas vraiment ; sans doute me réveillé-je toujours avant.

 

Chronik (9)

 


    Soudain, après le réveil, un oiseau blanc, ailes graphiques superbement déployées, a "fulguré" le carré de ciel restreint de la chambre ... j'ai cru un instant qu'il allait traverser le vide de la fenêtre et s'abattre dans la pièce.

 *

    Il y a quelques mois, un malentendu chez le coiffeur (toujours vérifier les nuanciers avant de changer de couleur) m'a laissée plus brune que je voulais. Aujourd'hui, plutôt que de tout changer et revenir au blond que je souhaitais, j'ai opté pour une demi-mesure qui me plaît bien.

 

Chronik (9)

 

Dimanche 5 décembre

    Je termine cette page, ces pages, en te souhaitant aujourd'hui, cher Patrick, un bon anniversaire ! Que la journée te soit douce.

 

 Photos : l'Oeil du Krop (et tous les jours, une nouvelle image là-bas).

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