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Chronik (7)

Publié le par Nikole

 

Dimanche 21 novembre 2021.

 

Chronik (7)

 

     Matin. Chambre. Le carré  de la vitre découpe le ciel gris souris pâle d'un automne avancé. Le peu deviné, du lit, laisse imaginer des nuages cachés, mouillés. À tordre. Au moins c'est un temps de saison. Comme les vieillards protagonistes d'une série télévisée, je "checke" l'état général, ou tout au moins ses composantes repérables. L'oreille et l'œil, avant tout. Avoir les guiboles qui craquent, s'enkylosent et manquent de souplesse, c'est une chose, entendre et voir moins ou avec des dysfonctionnements, c'en est une autre. Je le répète, on ne se rendait, plus jeune, pas assez compte de tout ce qui allait bien, quand ça allait bien. Pour les corps abîmés par l'âge et ses dommages collatéraux potentiels, chaque jour est un nouveau monde à vivre, et je n'ai pas l'impression d'exagérer en écrivant ça. Ennuyée et agacée par des problèmes récurrents d'acouphènes, fantaisistes puisque ça change même de côté, j'augmente ces désagréments par une inquiétude (le mot stress est bien trop à la mode et j'ai décidé de l'employer moins, ou plus du tout, si j'y parviens ; il est tellement utilisé qu'il en a perdu sa force, donc son sens véritable, me semble-t'il !), voire, parfois, une angoisse (au sens propre, celle qui rend étroit le passage de l'air) qui ne font que vicier un cercle qui l'est déjà.

*

    De mon salon, j'ai vue sur le muret d'en face bordant la Marne. Régulièrement, il est taggué, et la ville n'attend jamais pour recouvrir de peinture blanche. Je me réjouissais que les affreusetés d'il y a une semaine aient été supprimées. Ce matin, d'autres ont déjà supplanté les anciennes. La bataille est sans fin entre la laideur et une réparation durable qui ne viendra jamais. Il m'est difficile de lutter contre toute la haine que j'ai en moi, même pour ce genre de manifestations ; il n'y a pas de petit délit, et se comporter bien est un état d'esprit, pas un effet des lois, c'est pourquoi c'est foutu d'avance.

*

    En fait, un des problèmes que je remarque, c'est que, pour une partie des populations (tous pays confondus), la croyance a remplacé la raison. Sans vouloir polémiquer encore et encore sur le vaccin, une partie des gens ne croit plus en la science. Bien sûr qu'elle est complexe, bien sûr qu'elle est toujours en devenir ; que sans doute il y a des ratés ; des manques d'ajustements ... mais ce n'est pas parce qu'un labo fait ses choux gras d'un médicament (une fois pour toutes, le capitalisme est une vraie lèpre sur les humains) que ledit remède n'est pas efficace ni essentiel pour sauver l'humanité. On est mal barré, on ne se libérera plus jamais de cette saloperie ... "apocalypse now !"

 

Lundi 22 novembre. 

 

Chronik (7)

 


    Les trois heures d'atelier-théâtre qui ont eu lieu hier en remplacement de jeudi m'ont permis de ne pas blueser après le départ de IL. Bien que faisant du théâtre amateur depuis maintenant quelques années, j'ai enfin "entendu" quelque chose des préceptes énoncés par Cha : dans quelque état que vous soyez, commencez votre jeu avec cet état-là, même si vous le  pensez décalé, aride ou contre-productif, "à un moment donné", les choses vont se mettre en place d'elles-mêmes, et si on lutte contre ça, c'est "là" qu'on est décalé, et que le public sent quelque chose d'un manque de vérité ! Au réel, je verrai, mais j'ai vraiment eu l'impression qu'on m'entrouvrait une porte "d'entrée" !

  

 Mercredi 24 novembre.

     Le nombre 4033 est sorti tout net de ma nuit quand j'ai ouvert les yeux. J'ai rêvassé un peu autour en imaginant des dérives littéraires de science-fiction : la part des personnes élues lors d'une fin de monde, la date d'un avenir stérile, sans eau, sans air, sans énergie, à laquelle se passerait une histoire, pour finalement le laisser s'éloigner dans les caniveaux furtifs et définitifs bordant les lisières du réveil. Bien entendu, comme d'hab, j'avais erré dans ma nuit en des lieux inconnus, où entre bâtiments, gens dans les rues et incompréhensions diverses, je n'avais pas trouvé ma place.

 

Jeudi 25 novembre.

    En regardant ce matin le petit document télévisé, une comparaison m'est venue en tête. Au début du siècle, un pseudo-nommé Jean Serpent chassait les vipères dans le Clermontois. Il est raconté à un moment qu'il en captura des milliers, qu'il se fit mordre plusieurs dizaines de fois, et que, heureusement, on mourrait rarement d'une morsure de vipère. Le parallèle avec le vaccin du moment m'a sauté au cerveau : pour une partie des gens refusant de se faire vacciner par peur, sans doute l'assimilation avec une morsure de vipère potentiellement (voire sûrement) mortelle est-elle ancrée dans leur sentiment personnel.  

 

 

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