Premier jour plein
Mardi. St-Trojan.
Hier, l'océan était invisible, et l'entendre dans le noir et le froid ne m'aurait pas suffi ... mais ce matin, vite !
(Les images sont trop petites ? Cliquez dessus, et elles s'ouvrent !)
De ces premiers matins où je tends les bras et le cœur, jamais je ne me lasserai, je le sais. C'est là qu'est le centre de mon corps, qui par magie s'allège tant ma tête ne pèse plus rien, tant je ne suis plus impatiente de rien que du moment baigné de brise, de sable et de sel. Ce moment où je me sens presque immortelle ...
Parfois, la mer est si dense qu'on la croirait faite de pierre et d'eau ... Elle avance en dentelles de marbre poreux, éclaté, éphémère.
Première plage, immense et proche : si le chemin qui y mène (ah, les premiers pas vers l'océan qui m' attend !)est toujours semblable, l'arrivée sur le sable est toujours différente : le sable bouge, la végétation bouge, les limites bougent. Il fait beau mais il y a du vent. L'eau doit être brrr ! ... mais je déroge peu à mes rituels. Pattes à l'eau, qui n'est pas glacée mais ...glacissime !
M'en fous ! Ce froid, cette vigueur, cette vie vit vivifiante ! Il n'y a presque personne. La lumière est effarante de beauté. À cet endroit précis, c'est l'Infini. Le point ultime de la Beauté arrêtée. Et c'est décidément là que je veux m'étendre à jamais, cendres de sable et d'eau, une fois atomisée dans le feu définitif de ma mort.
La vie est un peu injuste : quand on aime à ce point un pays ou un lieu, qu'on se sent alors dans le chez-soi de son cœur, on devrait pouvoir y vivre ... mais ce n'est pas le temps des jérémiades, le moment m'appartient et nul autre que moi ne pourra le vivre !
Je pourrais rester des jours entiers, sans nul doute, à contempler l'océan avec une quiétude majuscule ... mais on la connaît encore trop peu, cette île, et nous tentons d'en parcourir chaque fois quelques autres arpents.
Mardi. Chaucre. Il y a peu, un arbre centenaire a cruellement souffert de la tempête. Plutôt que d'abattre ce qu'il restait de lui, le village a eu la bonne idée de transmuer sa dépouille en œuvre statuaire. Nouvelle vie. Régénérescence. L'arbre blessé a repris une superbe. Une autre.
Et puis, parce que le centre de l'île est peuplé de marais qui sont à la fois le milieu et le bout d'un monde, nous sommes allés sur des routes qui les longeaient, au hasard. Quelques rares véhicules. Un vieil homme à vélo. Sinon, des canards, dont j'oublie régulièrement qu'en plus de marcher et nager ils volent et sont donc autonomes ... tant d'animaux nous sont, quelque part, supérieurs ... et des joncs légers, à la lumière presque couchante doucement accrochée en friselis sur la crête de leur têtes fières. Moment de paix. Fractions de temps calme. Pas besoin d'aller bien loin pour être ailleurs. Pas besoin de se forcer pour écouter nos rythmes lents ...
On a atterri dans cette réserve protégée où jadis j'avais erré dans la fagnasse embourbeuse d'une marée basse exténuante aux pieds. Le chemin vers l'eau était ... inondé et nous avons longé une autre clôture, itinéraire bis, pour arriver devant un pan de mer calme, avec Boyard au loin. À point nommé de l'heure où une frange délicate de lumière s'avance en rasant la surface écumeuse de vaguelettes échouées.
Restau du soir : "L'Écume" (à St-Trojan). Chaque fois nous y revenons. Créativité et élégance des plats. Assez cher mais vaut le détour.
Mes photos :
- "Langoustines marinées, rémoulade de céleris et granny smith, crème aigrelette.
- "Cabillaud en croûte de noisettes, épinards et poires confites, crème de raifort"
- café très gourmand (on eût pu s'abstenir, c'était carrément de la taille d'un dessert). 


Le retour, chaque soir, se fera dans le noir d'un Boulevard de la plage dont les réverbères demeureront obstinément éteints.
à suivre ...













