KroniK66 (2023-semaine11)
Vendredi 17 mars
Il faut vraiment que je me mette à la méditation si je ne veux pas que mes nerfs lâchent. Ou bien ne plus sortir du tout, ou à des heures où je ne risquerai plus, ou peu, de rencontrer personne. Recluse, comme les quelques jours passés où, terrassée par une pharyngite soudaine comme par un éclair (ne plus pouvoir parler normalement signifie-t-il qu'on ne peut plus s'exprimer normalement), hurler : dehors, LOIN ! à tous ceux qui pourrissent le monde ? Ma tête, ma voix, ma vigueur quelque peu retrouvées, on emplette dans un magasin de sport. Premier contact clientèle-cabine, juste la porte à côté, une jeune fille (âge : lycéenne probable) habillée normalement (jean-baskets-pull) mais avec un voile (gris) ! Juste après, deux allées plus loin un barbu à robe. Et toujours dans le même coin, je n'en crois pas mes yeux (et pourtant d'autres malheureux spectateurs ulcérés subissent ça tous les jours -avant pire-), une jeune torchonnée tout en noir dont on ne voit que les yeux. (Deux petits gamins de la même famille font du vélo dans les travées et la femme pousse un landau). J'ai, parallèlement à ma haine, un élan d'amour vers celles et ceux qui ont le courage de se battre contre cette oppression religieuse, politique, sociale ... Je soupire douloureusement. IL ajoute que normalement elle n'a pas le droit. La normalité ? en ce moment ? Pfff !!! Un concept éculé, enterré vivant. Je suis obsédée, excédée, que tant de monde puisse céder, même à l'idée. J'aimerais m'en foutre, mon corps refuse, il souffre, mes fibres s'affolent, je les hais tous ces ennemis assassins de ma France, qui agissent avec la bénédiction des instances dirigeantes ... qui nous dirigent tout droit vers l'apocalypse. Qu'ils crèvent, tous, je n'épargnerais que les Humains qui sont de bonne volonté, respectueux du pays, de ses lois républicaines, et ne demandant qu'à vivre en paix sans faire de mal et sans tricher éhontément avec les droits, les devoirs ; avec la vie.
Chanson : Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir (À l'idée, Halliday, époque où je le supportais encore ...)
Samedi 18 mars
Mes rêves (nocturnes, physiologiques, organiques, psychologiques) m'étonnent par la continuité de leur cohérence (inconnue de moi) en signes. Depuis longtemps, errances itératives dans une ville inconnue : je suis perdue mais ça ne m'angoisse pas ; automobiles (de luxe, anciennes, et qui parfois sont morcelées) que je conduis sans peur, dans l'ignorance et la fatalité ; gens inconnus mais qui sont souvent dans des lieux en rapport avec mon travail, avant... La nuit, je rencontre peu de personnes connues de moi, et bien trop peu ma mère, mais là, oui, elle m'a fait ce cadeau où, virevoltant - avec son corps un peu rond à l'époque de ses quarante ans environ - dans une robe à grosses fleurs vertes, elle souriait. Je crois bien que c'est la première fois que je la vois avec ce visage souriant et insouciant en rêve (et jeune). Quand je me suis éveillée, j'ai conservé très fort cette image en moi (en gardant longtemps les yeux fermés) de ma mère encore vivante, et qui danse sur l'herbe. Quand je les ai doucement ouverts, une autre image a surgi, que j'avais oubliée, celle d'une autre robe, réelle, qu'elle portait, à motifs géographiques verts.
Dimanche 19 mars
Je suis un éléphant humain souffrant d'un monde sans respiration. Dans mon songe, encore, ma bouche se continue en un énorme tuyau de plastique qui me sert de trompe et qui je le suppose m'aide à emmagasiner beaucoup d'air m'empêchant, à l'avenir, de suffoquer. Une fois de plus, je sais que le danger n'est pas loin mais je me sens protégée. Leurres de vérité.
Un peu lus tard, le café chaud entre mes paumes, je regarderai un bout de film sur l'Alaska, minéral et aquatique (Cory Trepanier), sa beauté et ses maladies, la liquéfaction d'une époque. J'imaginerai alors un monde habité de tous les bleus : ceux du ciel, ceux de la mer et ceux des fleurs précieuses, rares, de la vie rêvée.

