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KroniK65 (2023-semaine10)

Publié le par Nikole

 

KroniK65 (2023-semaine10)

 

Lundi 6 mars

   Aujourd'hui c'est la Ste Colette, et j'en profite pour ressortir un extrait du Fanal bleu judicieusement offert dans un commentaire précédent car je m'y reconnais : Choisir, noter ce qui fut marquant, garder l'insolite, éliminer le banal, ce n'est pas mon affaire, puisque la plupart du temps, c'est l'ordinaire qui me pique et me vivifie.


*

   Hier, en déambulant dans la rue, j'étais trop loin et je n'ai pas pu prendre en photo une femme immobile devant la vitrine de la librairie. Ça m'aurait fait plaisir, j'aime bien immortaliser les attraits pour les livres, les photos aussi, les tableaux ; les observations lentes, attentionnées. Je trouve ça, comment dire, attendrissant, oui, c'est ça, comme si tout se mettait en pause, en pose, le temps comme de l'éclosion d'une fleur de regard.
La femme marchait et j'ai fini par arriver à sa hauteur, parce qu'elle s'était arrêtée, à nouveau, et, droite et pensive, était en contemplation devant cette boutique : 

 

KroniK65 (2023-semaine10)

 *

  En revenant de chez Pilates, j'ai à nouveau éprouvé ce drôle de calme passager qui nous fait nous sentir un moment en adéquation avec le monde. Je ne sais pas si c'est la détente après l'effort, le silence alors de la rue, le peu de monde, le trottoir ensoleillé, qui fait que oui, en cet instant précis, tout allait bien, et j'étais en paix.

*

    Plus agitée en mes ressentis, je le fus plus tard, lorsque je me suis fait une toile-télé. Pas la première fois que je me fais avoir par Diane Kurys, qui, sous ses doux dehors, est bien dure dedans, via ses films. En fait, c'est très subversif, ce qu'elle invente. Et puis j'aurais dû me méfier : avec B. Dalle, y'avait forcément de l'agacement dans l'air, voire plus. D'ailleurs le titre, À la folie, huis-clos insupportable, est excellemment trouvé.

 

Mardi 7 mars

    Au théâtre1, je pensais m'octroyer les deux scènes en alexandrins mais Kathy souhaitait aussi des vers. J'ai donc gardé Chimène et laissé Célimène, avec tristesse. Et récupéré, en prose, une scène de Mademoiselle Julie, que j'avais remarquée aussi. Défi : travailler TOUS LES JOURS car la mémoire ne s'acquiert pas par un coup de baguette magique. Nous allons re-jouer Les Femmes savantes et même en connaissant bien maintenant le texte, il m'arrive d'avoir des blancs, alors que dire des Trois sœurs, où la gestuelle si importante me fait m'empêtrer dans le peu que je sais du texte pour le moment ! Quant à Chimène et Julie, dans notre future pièce par scénettes, Couples, va pas falloir mollir non plus car le spectacle est déjà arrêté au dix juin ! Quatre textes dans la tête du Krop ... la mémoire est-elle un muscle ?

     En rentrant, nuit noire, lampadaires doux et derniers signes de vie avant le grand demi-sommeil de la ville. Leitmotiv en mouvements doux de mes instants béats.

 

KroniK65 (2023-semaine10)

 

 

KroniK65 (2023-semaine10)

 

Mercredi 8 mars

    J'aime le chiffre 8, toujours pour moi l'image de l'infini debout et il me plaît que ce soit ce jour-là qu'il soit droitdeféminisé, Même si je ne pense pas que ça serve à grand-chose : malheureusement, on parle beaucoup dans ce pays, mais on agit peu, voire pas. Je préférerais qu'on ferme plus notre gueule et qu'on agisse davantage, par exemple en appliquant des lois qui devraient protéger les frappées, tabassées, violées, emprisées, engueulées, mortifiées, abîmées, mutilées, torturées, assassinées. Les femmes en danger ne sont pas assistées et on les abandonne à leur prisons physiques et psychologiques.

 

KroniK65 (2023-semaine10)

 Autour de ses ecchymoses
 il dessine des fleurs
 d'ellébore
 il dit ce sont des mots d'amor
 elle dit ce sont des mots de mort

 

Dimanche 12 mars

    Tombant à la télé sur Paysans cinéastes, je suis submergée par l'émotion en regardant les images d'un passé qui est à des années-lumière de l'esprit d'aujourd'hui, et qui me replonge une fois de plus dans l'enfance. Ô cette vision des blés murs, des enfants riants, vifs, en culottes courtes et jouant dehors ! Personne n'est gros, et même si le travail est omniprésent et très dur, sans relâche, on ne perçoit que cet effort lent et continu sans aucune violence. C'est bon enfant comme on dit. La fatigue, alors, était surtout physique, pas de temps pour la branlette intellectuelle. Et les paysages de cette campagne-là sont si beaux, si "purs" ... est-ce seulement parce qu'ils ressemblent à ceux que j'ai connus enfant qu'ils me chavirent de nostalgie heureuse ?
Envie de replonger dans les vieilles photos. La veine des souvenirs, décidément.

*

    Sur le chemin de mes emplettes à l'aller, je me hâte de dépasser une mère qui parle fort et limite agitée à sa petite fille. La jeune femme semble pourtant propre sur elle, comme on peut le dire de quelqu'un qui semble "normal". La gamine a quatre ans à tout casser et semble un peu abasourdie par les propos de sa maman, dont le discours m'étonne au plus haut point, puisqu'il parle de sport ! "Ah, tu vois, on les ratiboisés, on les a eus, les Anglais. On leur a cassé la tête ! Les supporters anglais étaient tellement écœurés qu'ils sont partis avant la fin du match. Ah ! ah ! C'est une catastrophe nationale pour l'Angleterre !". J'étais éberluée par la violence du ton, le décalage. Je plaignais la fillette. J'ai marché vite, jusqu'à ne plus entendre le son de sa voix.
    Au retour, je suis dans la rue derrière un jeune couple qui semble se disputer. Il la bouscule, elle dit non, il se moque, la pousse, insiste, et la pousse encore, et rit !, presqu'arc-bouté à elle, jusqu'à la faire entrer de force ... chez la fleuriste !

 

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