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éKlats 25/52 deux

Publié le par Nikole

     Sortie de Croix-de-Chavaux, à Montreuil, je me suis demandé un instant dans quel pays j'étais.
La bouche de métro ouvre sur une place où était déployé un marché de fringues et objets à même le sol, proposé par des femmes en boubou. J'ai détourné le regard parce que j'étais surprise et mal à l'aise. Je me suis éloignée au milieu de cafés où des hommes attablés, seulement des hommes, parlaient arabe. Le trottoir était jonché de mégots et de saletés diverses. Je me suis sentie mal. Non qu'il y eût une quelconque agressivité dans l'air, non, c'était plutôt bon enfant, sauf que j'étais dans un autre pays, et pas une seconde dans le mien.

 

éKlats 25/52 deux

 

    Hormis l'Atlantique et ses bienfaits pérennes sur mon corps et mon esprit, le fait que je me sente bien sur mon île presque, c'est que c'est une forteresse douce encore préservée, où je ne me sens pas en minorité, et où chacun(e) est à égalité de représentation : je n'y ai jamais vu de voile ni de kippa et c'est ainsi que je comprends la laïcité : la religion doit rester chez soi. Ou dans les lieux prévus à sa manifestation. Mais ne jamais être prosélyte, dominante, et encore moins assassine : incroyable qu'il faille le préciser.

 

éKlats 25/52 deux

   Sur le quai de la ligne 9, une fille lisait, et j'ai souri. Entrée dans le métro, je me suis retrouvée en face d'elle. Jeune, jolie, calme, elle a regardé avec une sorte de sérénité triste la femme qui vociférait à l'autre bout de la rame et a replongé dans son livre. Nous étions debout et un mouvement soudain l'a fait chavirer. Je l'ai retenue un peu brusquement par le bras.
J'ai dit : "Ce serait dommage d'abîmer une des dernières lectrices de ce monde. Qui en plus lit Marc-Aurèle !"
Elle a ri, et répondu : "Et en plus, je vais à un concert de harpe !" J'ai ri à mon tour et conclu tout haut : "Vous me réconciliez avec le monde !"

 

éKlats 25/52 deux

 

    Une heure de métro pour aller voir jouer deux anciennes copines de théâtre. Quel allait être mon était d'esprit devant cette pièce dont j'aurais pu faire partie si j'avais voulu ? Le théâtre, ses contraintes de temps et de texte, ne me manque pas (même si je serais ravie de reprendre Les Femmes savantes, ce qui se fera peut-être et dont je me réjouis !) mais j'avoue qu'en attendant le début du jeu proposé ce soir-là, je ne parvenais pas à analyser mon état d'esprit : étais-je envieuse, admirative, détachée, libre ?
    La pièce, difficile car constituée de nombreuses allées-venues en scénettes avec beaucoup d'interprètes, a duré deux heures sans que je m'ennuie, en admirant le boulot fourni et la prestation de la plupart, mais en voyant, maintenant, de façon acérée, les défauts : embrouillaminis divers, approximations, paroles les unes sur les autres, décalages, bredouillages, légers trous, perceptibles, même si on les rattrape toujours, d'une façon ou d'une autre. J'étais passée de l'autre côté, à la fois bienveillante et critique, ce qui n'est peut-être pas incompatible.

 

éKlats 25/52 deux

 
   Ce qui est gratifiant, autant pour qui applaudit que pour qui est applaudi, c'est cette joie presque palpable ...

 

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