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Raconter mes salades

Publié le par Nikole

    De temps en temps, rarement, ça me prend, j'ai envie de parler nourriture, lequel sujet j'évoque beaucoup moins en ce lieu qu'il n'est important dans ma vie, car j'aime manger et m'adonne avec amour aux plaisirs de la chère, même avec des limites ... que parfois je franchis. Pourtant des mets ont disparu de ma table, mais ceux qui restent ne suffisent pas à m'empêcher de m'enkiloser ... faudrait ptêt seulement que je me bouge davantage ... je m'y attelle mais c'est une autre histoire.
    Pourquoi je fais mon insta ce jour ... parce que des souvenirs, bien plus que culinaires, me sont remontés à la tête en préparant ma salade du jour.

   
    Quand j'étais gamine, mes parents étaient copains avec un couple belge : Guy et Christiane ils s'appelaient, et quand ils venaient manger à la maison, systématiquement, le type réclamait de la mayonnaise avec la laitue : c'était la sauce qui lui convenait. Je me suis rappelé ça en préparant ma laitue-poulet-cornichons-tomate-jaune-tomate-séchée-épices, et en souvenir de ce souvenir j'ai ajouté des virgules épaisses de mayo.  
    J'ai besoin de verdure et j'aime beaucoup les salades composées ; mon prob, c'est l'huile, paske j'aime aussi beaucoup la vinaigrette ! Je pourrais en manger à la cuiller ! (d'ailleurs, quand il en reste dans l'assiette ...)
    Ce mot, laitue, m'évoque aussi autre chose de musical ... détails ...

 

... Monte derrière, avec les laitues ...

    Bien des souvenirs sont liés à la nourriture : familiaux, amoureux, je crois que toute personne pourrait écrire un livre là-dessus ... j'avais commencé, comme je commence bien des choses, sans les terminer ... Et puis, c'est un des rares plaisirs qu'on peut -en principe- s'offrir jusqu'au bout de la vie ... même l'humble tartine du matin me met de bonne humeur !
    Hier matin, je l'étais, d'humeur comme chantante (d'ailleurs, peut-être même que je fredonnais) ... je me sentais en paix, sereine, sans la colère qui si souvent m'étreint quand je sors ... je me suis acheté des reines-claudes (j'ai découvert récemment, moi qui mange peu de fruits, que j'aimais beaucoup ça), et un petit bouquet de dahlias orange (orange, en ce moment, est ma couleur préférée). 
    Quand je suis sortie de la halle, une vieille femme (comme moi quoi !), assise sur les marches, m'a alpaguée (verbalement) :
- Moi je ne peux plus mettre de sac à dos, ça me fait mal à l'épaule.
- Bah, le mien est très léger vous savez.
    Je ne sais plus comment ni pourquoi nous avons entamé une conversation, mais elle semblait y prendre plaisir. On a évoqué diverses choses, de la nourriture, précisément, jusqu'à la vieillesse, en passant par le covid. Cette femme me faisait mal au cœur. Je me suis aperçue qu'elle n'avait plus de dents, signe extrême de pauvreté. Je lui ai demandé si elle était à la rue.
- Non, mais j'ai pas de sous. Et le peu que j'ai, ça passe là d'dans !
Elle me montrait un petit bout de cigarette roulée qu'elle tenait à la main. Elle a ajouté :
- C'est une drogue vous savez !
Elle ne réclamait rien, mais j'ai demandé ce que je pouvais faire pour elle.
- Parler, vous savez, c'est déjà bien, ça met du baume au cœur. Je m'appelle Nadia. Et vous ?

    Je me suis sentie envahie par l'émotion, à deux doigts de pleurer (pfff toujours cette sensibilité lacrymale !)
    Lui ai demandé si des fruits lui feraient plaisir : en ai glissé dans ses mains et ajouté une fleur. Elle m'a souri de sa grande bouche édentée.
    J'étais à deux pas de ma librairie orange et bleue. La veille, après un passage au troquet avec ma copine Kathy, nous nous y étions baladées et je découvrais que la dédicace d'un illustre inconnu y avait lieu ; retardant le moment (la touche "pause", qui m'a lâchée hier, fonctionnait encore) d' "Un taxi pour Tobrouk", je me suis retrouvée devant un Anglais et sa traductrice racontant un truc qui me passait complètement au-dessus de la tête ...

Simon (libraire) lisant le début de Mother Naked
 

    Je n'avais pas dans l'idée d'acheter le bouquin mais Simon en bon commercial littéraire a tellement bien défendu le truc en insistant sur le fait que c'était aussi un livre sur la langue (dont son pouvoir) que bien sûr ça a tilté !
    Je me suis retrouvée dernière à la dédicace et me suis mise à discuter, en particulier, avec la traductrice, sujet passionnant pour moi. Il fut un temps où, ne pouvant bouquiner sans crayon à la main -vocabulaire, citations, remarques ...- je m'étais imaginée remédier à cette entrave en ne lisant que des traductions. Las ! Je me creusais autant la tête : qu'est-ce qu'a bien pu écrire l'auteur pour qu'on arrive à une telle traduction ?  Tout aussi fatigant. Pi là, ça tombait bien, j'avais commencé le livre en attendant et je tombais sur cette "coupe de bière" dans le texte, avec la traductrice à deux pas ! Yes !
   Après ces dédicaces, il y a un pot entre eux : libraires, auteur(s), éditeur(s). Je me dépêchai de sortir pour les laisser quand Simon me rattrapa  en me demandant si je voulais boire un verre avec eux. Tu parles !
   Et en sortant du marché, du coup, je passai ma tête vite fait à "la Vie immédiate" et, les remerciant de m'avoir accueillie la veille, j'offrais une seconde fleur ...

  Comme il se doit, insta entrée, insta dessert, même si je ne le mangerai pas. 

    Ce dimanche, j'ai été pâtissière sur commande pour ma pauvre Toinette épuisée qui recevait sa famille ce soir. J'ai proposé de faire une tarte, ce n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde. Avant livraison, et même en ignorant si le fond est aussi attractif que l'est la forme, qui me plaît bien, je me suis dit que j'allais immortaliser, pendant une page, la chose. Terminer, comme IL dit, sur une petite note sucrée ...
     
   
    

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