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Doux héritage

Publié le par Nikole

 

Doux héritage

(archives polas de famille, détail)

 

    Celui d'images, de sons, de  souvenirs, mauvais ou bons, mais ce sont ceux-là qu'il faudrait, qu'il faut, à tout jamais chérir, entretenir, pour qu'ils nous demeurent un feu bienfaisant qui nous réchauffe les soirs de froid intérieur.

    Des souvenirs en vrac. Celui de toi allant aux poules avec juste un gilet sur les épaules, alors qu'il neige. Et en plus, tu es en savates !

    Celui de ton assurance à me répéter, moi partie (et contente de l'être, partie) étudiante, que, hein ! c'était mieux avant, quand on était tous ensemble !

    Celui de nous faire plaisir de temps en temps, parce que c'était une longue préparation, en confectionnant des pelletées de pirogis ; de platskis, aussi, avec des pommes de terre que tu râpais à la main (mon aînée a gardé ce geste de toi, quand elle nous en fait).

    Celui de ta candeur et de ton angélisme quand tu nous dis ne pas comprendre pourquoi, tout simplement, les gens ne sont pas gentils.

    Celui de ta férocité de lionne à dire que nous sommes tout pour toi et à être une mère poule parfois étouffante (et comme je ne t'en veux plus aujourd'hui !). Tu fus une enfant martyre, et tu as choisi toi, pour tes enfants, l'amour. Considérable. Renversant la vapeur. Celui qui fait que nous, nous n'avons jamais pris de bouteille sur la tête. Comme j'aurais aimé que tu puisses parler de tout ça, sortir tous les souvenirs tumoraux de ton cerveau avant que peut-être, ces traces-là ne le, ne te rejoignent en vrai.

   Celui de te voir sourire quand tu entends une chanson de Marcel Amont à la radio. Tu l'aimes bien lui. Peut-être à cause de sa voix si douce. Tu aimes la douceur.

   Celui de ta marche rapide, un jour, assortie d'un sourire malicieux, toi venant t'asseoir près de moi sur la balancelle. Un instant, j'ai pas le temps. Et moi : Reste !  Nos quelques échanges ce jour-là, superflus et nécessaires, inoubliables, inoubliés, corps contre corps. Il faisait beau et je vois encore la brillance du soleil, l'herbe d'été. L'image fixe de ce moment arrêté. Infini.

 

Marcel Amont, Tout doux, tout doucement

 

    Aujourd'hui, tu aurais eu quatre-vingt-quinze ans et je pense encore plus qu'un autre jour de l'année à toi, ma petite mère en allée ...

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