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Kronikole semaine 38-2/2

Publié le par Nikole

 

 Vendredi 22

 

Kronikole semaine 38-2/2


  
     Nuit. Juste avant de me coucher. Le cœur qui se met à cogner. Boule dans la gorge. Crise d'angoisse ? Peur, même sans réelle panique. Appeler le 15 ? Se faire rassurer. Trouillarde va ! Sensation de trembler. Pourtant non, je ne tremble pas. Les mystères du corps. La soudaineté de ce qui lui arrive. L'inquiétude massive, c'est de ne pas comprendre quoi, ni pourquoi. Laissé un mot sur la table, au cas où ... parce que ça n'en finit pas. Et marché dans l'appartement. À petits pas. En m'arraisonnant. En réfléchissant.
    Respirer. Tranquillement. Téléphone à proximité. Sonner chez les voisins si vraiment ...
   Je vais aller me coucher. Pas trop rassurée, me raisonnant encore. La raison ! Laisser passer un peu de temps.

 

   Le bruit intense de la pluie, fenêtre et volets ouverts encore pour quelque temps j'espère, m'a réveillée. Vivante, donc. Hier, couchée, je n'ai pas lu comme je le fais la plupart du temps (jusqu'à ce que je ne comprenne plus ce que je lis) et tournée vers le mur, j'en ai touché la fraîcheur avec mes pieds, me suis traitée d'idiote avec cette faiblesse de la peur récurrente et ai respiré lentement et calmement en ignorant la gêne de si forts battements dans mon cœur (Ma toubibe : Tachycarder est désagréable, mais pas mortel !). Finalement, comme d'hab, j'ai glissé et sombré sans m'en apercevoir dans un sommeil bienfaisant.

 

*

    En faisant mes courses, je suis tombée en arrêt devant un dessert que je n'avais pas vu sur des rayons depuis des lustres : des petits gâteaux de semoule avec du chocolat sur le dessus. Je m'achetais ça à moi, -les filles n'aimaient pas- dans les années quatre-vingt-dix je crois. Je ne savais pas que ça existait encore (Yabon) et j'en ai pris, histoire de voir ... non, de goûter. Plus tard, j'étais là, à la caisse, derrière un homme massif, cigarette éteinte au bec, regard un peu vitreux, avec des dents dans un état déplorable, et tenant à la main un bouquin titrant Autour d'Emma Bovary et le film de Claude Chabrol. Il se mit à regarder fixement mes desserts comme si ça lui parlait.
- C'est quoi ?
- Des gâteaux semoule-chocolat.
- Ça a l'air bon.
- Je ne savais pas que ça se faisait encore, ça me rappelle ma jeunesse. C'est pas Flaubert, mais Proust.
- Ah oui, la madeleine.
Ces machins l'intriguaient vraiment.
- Faudra que je goûte.
- Vous en voulez un ?
- Non, c'est gentil. De toute façon j'aime pas trop les flans.
- C'est pas du flan, c'est du gâteau à la semoule.
- Ah oui, de la semoule.
- Alors, je vous en donne un, vous goûterez ?
- Non non.
J'insiste lourdement et je le sens mollir. En fait il n'ose juste pas mais il en meurt d'envie.
Il repart avec. Je suis contente.

 

Samedi 23

   Kronikole semaine 38-2/2

 

 Dimanche 24

    En dehors de toute considération politique, remarqué par hasard à la téloche un parallèle qui m'a frappée : le roi britannique descendant d'avion en laissant sa femme trois pas derrière lui brinquebalant(e) dans l'escalier et le président ukrainien Zélensky descendant d'avion en tenant délicatement par le bras sa femme descendant un escalier similaire. Ce n'est rien. C'est beaucoup. On se fait souvent des idées sur les gens dans ce qui semble être des détails : le pseudo-protocole plus fort que les sentiments et leur manifestation, une attention qui semble naturelle envers les nôtres. Et je ne dirai rien ou presque du malaise ressenti en voyant les microns avec les anglais, les gestes convenus ridicules et l'hypocrisie saillante que je ressens si fort à travers leurs sourires de traîtres ; du grand théâtre fumiste, même pas bien joué par ces comédiens-là, aux attitudes qui se veulent amicales mais qui sont d'une raideur palpable.

 

*

    Raté ce matin une belle scène picturale de l'enfant en rouge marchant derrière sa mère dans un grand soleil : j'ai échappé l'instant ; il faudrait, à tout moment, troisième œil de métal, avoir l'appareil rivé à soi, sans cesse.

 

Kronikole semaine 38-2/2

 

    C'est dimanche. Il fait beau. Mauvais rêves. Mais la vie encore.

 

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