La foire (suite et fin)
Emballée, sans peser
Dans une même journée se suivent parfois oui et parfois non, de la même façon, les heures et les expériences.
Ne pas retourner dans l'antre de la vigne transformée, fût-ce en perdant mon calme (mais pourquoi, après tout ?) m'eût frustrée, et la frustration est un sentiment fort désagréable, et qui m'aigrit (en deux mot, hélas, sans quoi je ferais un effort pour accepter la chose).
J'y retournai donc, dans les travées du magasin foirant ses vins, avec la volonté déterminée de trouver tout ce que je cherchais, sans quoi je reviendrais, tant pis, avec mon panier vide.
Je découvris immédiatement deux bouteilles invisibles le matin, et nada pour le reste. Pourtant, la place ne manquait pas pour regarder, car si queue il y avait, c'était celle qui se déroulait devant un stand barbecue censé accompagner les dégustations, et pourtant je ne vis oncques -si, une !- personne verre à la main, mais plutôt un amatorat, mais à sec, de bœuf-poulet-chorizo, voire piquettes petites piques de fromage, un peu plus loin.
Je me suis donné cinq minutes, le temps qu'un maître es dégustation ait fini de papoter avec une dame, pour l'aborder et lui demander son aide, qu'en mettant une moyenne bonne volonté il eut du mal à m'accorder, tournant à peu près autant que moi sans trouver ce que je cherchais. S'enquérant d'un petit homme à tablier noir qui avait l'air plus au fait, il me l'a comme refilé direct, et le petit homme, souriant, trouvant la première bouteille manquante, je me suis, tout en m'excusant, littéralement accrochée à lui ! Et vous avez bien fait, madame, parce que je suis le maître de cave et que je suis la personne idoine ! (non, il a pas dit idoine, mais c'était dans l'esprit !) Bon, même lui a dû chercher un peu, et m'étonnant de ne pas trouver sous une étiquette régionale un vin de ladite région, il m'a rétorqué que c'était normal (normal ?) car il y avait une thématique (privilégier certains types de vignerons à part, un truc du genre) donc en mettant des vins à part, et que donc comment qu'on fait pour le savoir j'en sais rien mais puisque lui avait dégotté le truc c'était le principal. Y'avait bien par ailleurs un tourniquet titré : "Les rebelles" : c'est quoi, un vin rebelle ?
J'avais la banane (même sans beaujolais nouveau et sa caractéristique souventes fois) car j'avais coché ma liste dans son entier ... et je me suis octroyé le luxe de m'offrir deux bouteilles en supplément, aidée par le même pro, qui m'a suggéré, au, entre autres, bourgogne demandé, un rouge qu'il m'assura vraiment pas mal rapport qualité-prix (douze euros) ... Merci monsieur ! C'est si agréable, la compétence !
Ah, le vin ! Il est loin le temps où, dans les années quatre-vingts, nous descendions avec le père des enfants en Bourgogne chez les petits producteurs et d'où l'on se rapportait sans se ruiner des Volney, des Aloxe-Corton et des Meursault ! On n'en est plus là mais il reste encore bien des breuvages de partout ailleurs à déguster.
Caisse. Pas de prob. Miracle ! J'ai pris ma rouletteuse pleine et j'ai dégagé, vérifié sur place histoire de ne pas revivre la mésaventure du matin et pris le chemin de la sortie. Et puis je me suis ravisée. J'avais acheté du vin, certes, mais je n'en avais même pas bu une goutte sur place. Alors je suis retournée à la fête à Neuneu et découvert qu'il y avait un ptit coin Bourgogne, que je me suis fait offrir en précisant que je n'en achèterais pas parce que j'en avais déjà acheté un autre. S'en foutait le monsieur, et m'a servi une rasade. Hé ! Pas mal ! Et tant que j'y étais, qu'il me suffisait de me retourner devant un barbecue où j'étais seule et où œuvrait un homme qui cuisinait les mets sus-cités fort aromatiques, je me suis laissé tenter par la petite assiette de friandises carnées qu'il me tendait. En guise de gros apéro en somme. Eh ben petite minute jouissive, faut bien le reconnaître !
J'étais satisfaite de ce moment agréable qui avait relégué aux oubliettes les petits tracas logistiques du matin et m'en suis retournée guillerette chez mon chez-moi.
Et voilà ! Il ne vous échappera pas, en cette Nouvelle Aventure, au vu de ces étiquettes (suffit de cliquer sur les images pour ouvrir ... non, pas les bouteilles, mais l'image en plus grand !) que L'Oeil du Krop ne pouvait pas ne pas acquérir un vin nommé Vision, ni se passer, connotation poétique oblige, d'un autre qui célèbre Les Alexandrins. Quant à l'Ours blanc, il rejoindra L'Éléphant rose encagé le matin.
Enfin, cerise sur le gâteau, en y regardant de plus près, je me suis aperçue que ce bourgogne que j'avais acheté à l'aveugle, c'était celui que j'avais goûté après coup : elle est pas belle, l'Avi ?
