Kronikole semaine 38-1/2
Septembre
Lundi 18
Hier soir en voyant la pluie tempêtueuse déferler sur la ville je me suis dit que j'étais peut-être une sorcière puisque c'est ce que j'avais souhaité et même écrit en ces pages (pour) le jour même. Et puis je me suis souvenue que mes Montpelliers allaient bientôt sortir du métro et arriver chez moi trempés, qui plus est avec valises. Ni une ni deux j'ai attrapé le parapluie pourrave qui a échappé à la poubelle la semaine dernière et couru à leur rencontre. Bon timing mais retour apocalyptique avec pépin bref aux baleines indigentes, une longue coulée d'eau se déversant méthodiquement dans la manche de mon t-shirt. Mais quelle rigolade, aussi ! ... Bien entendu, une fois arrivés, ça s'est calmé ... Et ce soir il pleut à nouveau. Tant mieux. Bonus : une nuit calme assurée, une fois de plus, fenêtre ouverte, sans piapias tardifs dehors dans la cour d'en face. La déception des uns fait le bonheur d'une autre.
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Mon kiwier a beaucoup morflé pendant nos vacances malgré les soins assidus de Toinette en notre absence, mais chaleur extrême dehors même à l'ombre et chaleur étouffante dedans, il n'y avait pas grand-chose à faire pour le protéger de son souffrant destin.
Et puis ... et puis j'ai ôté les feuilles brûlées, et lui ai affectueusement enjoint de tenir bon. Il fait moins chaud ces jours-ci, et malgré la saison (mais quelle saison, si mêmes les plantes et les oiseaux s'y perdent ?) de nouvelles feuilles ont éclos et repoussent, et mon arbuste est en train de se refaire une santé ! Cette découverte m'émeut joyeusement, et les petits bonheurs sont toujours bons à s'offrir, au vu de la taille des malheurs infinis.
Mardi 19
Ah ! ... la respiration profonde, sereine et fraîche des nuits ouvertes.
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Les gens inconscients m'agacent. Ce jour encore, le type est en plein milieu de la bretelle d'accès, sans gilet fluo ni triangle de sécurité. Parfois même il tournait le dos à la route, risquant de se faire emboutir par quelqu'un qui arriverait vite ou serait inattentif. La responsabilité, ou la raison, tout simplement, n'existe plus guère en ce monde, en tout cas via ce que j'en vois.
Mercredi 20
J'aurai bientôt fini le dernier livre de Nothomb et je ne sais qu'en penser. Certes érudit, foisonnant, mais c'est la première fois que je me sens aussi perdue dans sa littérature, comme dans un monde aux fils décousus. Déjà lors des premières pages j'avais été perplexe. Lisant : Il s'agissait d'une jeune fille d'une beauté sans précédent. Sa longue chevelure noire était lisse, sa peau étincelait de blancheur, le bout de ses lèvres portait ce trait de rouge qui signale le haut lignage, j'ai relevé la tête, où traînaient ces mots : Il était une fois une reine qui rêvait d'avoir une petite fille aux cheveux noirs comme l'ébène, au teint blanc comme la neige et aux lèvres rouges comme le sang ; elle allait nous refaire le coup du conte de Grimm ? Pourtant, de multiples éléments devraient me plaire ; le style maîtrisé, la culture littéraire et lexicale immenses, le fait de parler d'oiseaux, d'enfance, de l'après-mort ... mais curieusement, je suis restée complètement à l'écart, et à un point tel que j'avoue, j'en suis troublée car c'est quelqu'un que j'ai toujours bien aimé lire, tellement -jusqu'à présent- ça m'était fluide, comme un verre de vin, tiens, ou, mieux, puisqu'elle aime ce breuvage, une coupe de champagne ... mais là ... flûte !
Jeudi 21
La pluie et la fraîcheur ont ce matin tout envahi et une fois de plus ça me met en joie et me fait respirer au rythme de l'eau claire.
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J'ai terminé le Nothomb. Avec la même perplexité. Comme devant une valise virtuelle ouverte où se mélangeraient des pensées coq-à-l'âme qui seraient à la fois réelles et confuses après ingestion d'alcool, ou un récit arachnéen chez le psy de pensées narrant des faits personnels décalés et profonds. Philosophie de l'absurde et de la logique étranges de chaque être. Contrairement à l'habitude, je n'y ai pas trouvé de fil d'Ariane. (Ce qui se conçoit d'ailleurs quand on considère que le propos est décousu). Dommage, tant je me suis sentie concernée par les sujets abordés. Le livre est inadapté à moi, ou trop compliqué pour ma façon de le penser.
Et puis, je n'aime pas ce mot qui fait le titre, psychopompe, dont elle use et abuse tout au long des pages et que je ne peux m'empêcher d'associer à l'image d'un long insecte glouton qui nous percerait la tête et aspirerait notre cerveau.
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J'ai lu quelque part que le festin partagé par les huiles de Versailles avait été arrosé par des bouteilles de vin dont le prix n'est même pas imaginable pour nous. Si c'est vrai, comme tant d'autres faits qui ont lieu en ce moment, ça provoque en moi une colère qui me donne envie de pendre haut et court tous ces pantins décideurs ! C'est pour cela que je ne parle plus guère -en ce moment- de mes haines et de mes révoltes, qui ne rongent que moi et n'empêchent rien ailleurs. Je préfère donc m'attacher aux détails infimes qui font que la vie n'est pas noire, aux beautés infimes mais resplendissantes qui (me) font la vie belle, aux moments infimes qu'on partage avec ceux qui nous ressemblent (?) ou dont les atomes, crochus sans mal, se lient aux nôtres, dans une lumière commune, avec amour, amitié ou intérêt affectueux.





