Moteur !
Faire tout un cinéma !
Je récupère ma voiture dans la rue. Mais elle ne démarre pas. Certes elle a stationné quelques jours dehors dans le froid et la pluie, mais la batterie a été changée il y a peu. Il est vrai que je ne roule pratiquement pas avec, est-ce suffisant pour décharger rapidement une batterie ? En tout cas, que dalle. IL est sur le point de partir pour quelques jours, attendant le dernier blablacarien à charger transporter ... et a quand même le temps de me glisser à l'oreille de téléphoner à mon assurance auto, des fois que ... une idée qu'elle est bonne même si je ne parviens à les joindre qu'au bout d'une demi-heure. Longue discussion avec la dame au téléphone, que j'amuse presque par mon "stress souriant" entendez que je stresse à donf mais en restant aimable ... Je la saoule de questions, elle m'assure qu'ils s'occupent de tout pour zéro euro (pour une fois l'argent que je laisse à mon assurance servira à quelque chose). Je me fais repréciser des éléments, je crains toujours d'avoir raté un renseignement important, quand je demande des trucs.
Bon, j'ai quand même attendu très longtemps le dépanneur, agrippé à mon téléphone que j'ai peur de ne pas entendre parce la sonnerie fonctionne quand elle veut, et que le mode discret, qui lui fonctionne bien, n'est entendu qu'à proximité, lui. Une tension de plus ... les machines ... passons ... Enfin, après s'être trompé de chemin alors que je suis sûre d'avoir bien expliqué, précisément pour lui simplifier la chose : "je suis dans l'avenue de Gaulle, un peu plus loin que le lycée Delacroix (désolée, pas de numéro au long bâtiment) et garée dans le sens qui va vers le pont de Charenton. Et je serai devant ma voiture", le sauveur potentiel se manifeste. Il m'avait prévenue qu'il me dirait quand il serait à un quart d'heure du lieu -il me fallait ce temps-, ce que je crois qu'il fait quand il m'appelle. Et alors que je me dépêche, ce n'est que cinq minutes plus tard qu'il s'étonne :
- Où êtes-vous, je suis au pont de Charenton !
Arghhh ! Manque d'attention de la part de ce petit jeune. Bref, on y arrive quand même, il m'a vue, il m'embarque. On suppose tous les deux que c'est la batterie.
- Et si ce n'est pas le cas ? m'inquiété-je.
- Ben vous avez un garage ?
J'ai un coup de chaud.
- Mais je croyais que vous, vous étiez affilié à un garage ? C'est ce que j'avais cru comprendre de l'assurance.
- Ben non, moi je ne fais que le dépannage !
Arghh ! Deuxième coup de chaud. Il met un coup sur la batterie et ça démarre. Et il me plante là.
- Roulez trois quarts d'heure.
- Et si je cale ?
- Ben c'est à vous de voir avec l'accélération. Au revoir madame.
Il sourit. En gros ça veut dire que si je ne sais pas conduire, il n'y peut rien !
Bon. Reste calme, le pied sur l'accélérateur. Je suis garée à côté d'un feu. Quand il est rouge, j'appuie tranquillos sur la pédale. Quand il passe au vert, je donne des coups. Je vais pas rouler trois quarts d'heure la peur au ventre de caler alors je reste un bon quart d'heure comme ça.
J'ai appris quelque temps avant que la porte du parking s'ouvrait mal. Alors j'appelle ma voisine pour qu'elle veuille bien être là quand je rentrerai, mais la pauvre ne comprend rien à ce que je lui raconte (sans doute encore sous le coup de son trauma d'avoir été enfermée dehors car elle ne parvenait pas à ouvrir son appart ... d'ailleurs, une fois n'est pas coutume, et même extraordinaire, c'est votre serviteuse qui y est parvenue, et ma voisine avec bien du mal ... a ptêt intérêt à changer sa serrure, Chantal, me semble usée, ladite ...). Elle raccroche. Je rappelle. Mais ça ne répond pas. Débrouille-toi le Krop !
Allez, au bout de mes longs appuis accélératifs, broum broum !, je me glisse vite fait dans le vert au milieu d'une circulation confinée, humide, chaotique de trafic francilien : heureusement que je vais tout droit à part le dernier virage. Je ne suis pas loin à vol d'oiseau, mais ma voiture ne vole pas. Raide et tendue, je joue du pied droit et de la main droite en mélange et partage mes actions, prudemment et à l'écoute de tous mes sens, entre accélérations et frein à main, ne cale pas ne cale pas ! Encore un mètre, un autre, un autre, ne te déconcentre surtout pas ! Ces quelques minutes me paraissent une éternité. Virage, halleluyah, juste la place pour passer entre les files arrêtées sans avoir à risquer de faire une connerie. Encore une ou deux manœuvres et je me retrouve devant la porte du parking qui s'ouvre si facilement que je crains de me trouver nez à nez avec quelqu'un qui sort. Mais non, je suis seule et Sésame s'est ouvert. Derniers mouvements de mes petits bras pas musclés pour m'insérer dans ma place de parking entourée de gros véhicules (ma vieille tuture de 1998, la même que celle-ci -il y en a donc encore au moins deux en circulation !-) vue il y a quelque temps devant mon immeuble, n'a d'autre direction assistée que la mienne)
Me voilà rangée (des voitures warf). Je coupe le contact, le remets, histoire de voir : c'est ok, je refais, c'est re-ok ... on verra : j'attendrai SON retour pour aller chercher de l'essence (le voyant s'allume de temps en temps), pas le courage de tenter le truc seule, des fois que ça cale, ce coup-là ... Pfff. Je suis épuisée.
Et le corps est à ce point étrange que moi qui me trimballe des vertiges ces derniers jours, je n'en ai eu aucun durant le stress des heures d'aujourd'hui ; c'est au moment où je me suis posée, rassurée, qu'ils sont revenus.

