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Malaisance

Publié le par Nikole

   
    Une place calée entre la boîte de Pandore et le tonneau des Danaïdes, voilà ce que je vis souvent de ma vie. Je jette et jette et jette encore ... non, faux, je recycle plutôt, le plus possible mais, car jeter est pour moi une souffrance, il s'agirait de gaspiller, d'abandonner. Abandonner quoi ? Le passé, tout ce qui le constitue, la fuite de symboles. Je sais bien que c'est pathologique, ou pas loin. Mais entre la raison et le cœur, l'addiction, le mot n'est peut-être pas trop fort, la bataille qui se livre en moi est toujours âpre. Je le sais, pourtant, qu'une fois certaines choses parties, je n'y pense plus, voire je suis soulagée. Et je lutte sans cesse contre mes pulsions  conservatrices. On me dira qu'après tout je peux bien faire ce que je veux ... certes ! ... sauf que sans cave ni grenier, et en une vie de mains aussi pleines que ma malle virtuelle aux souvenirs épars (et très sélectifs, autre étrangeté : j'ai la faculté je pense partagée d'oublier certains épisodes douloureux et incompris !) il est très difficile de faire la part des choses, précisément ! Je déborde ! Quand en plus l'amour difficile à vivre des contenants (boîtes boîtes boîtes) est doublé d'un amas de livres dépassant ... toute mesure, vous comprendrez peut-être mon désarroi ... Il m'est bien sûr compréhensible que si je me comporte ainsi, c'est que, aussi, j'y trouve mon compte, mais que je ne parviens pas à analyser. Ainsi, je (re)tombe par hasard sur des éléments de ma vie qui me (re)plongent dans une forte émotion. Et le plaisir curieux que je ressens alors m'est une sorte de cadeau-surprise. Mais ça me paraît insuffisant comme analyse. Je me suis un jour identifiée à un personnage dans un film (Otavia Piccolo dans "Police Python 357") ; reliefs délaissés ou égarés entre tentures et murs : une photo, une étoile de noël ; et à un autre personnage, récemment, dans un autre film, mais j'ai oublié lequel ... alors que j'étais sûre que je m'en souviendrais ... fichtre mémoire ... au centre du débat à vrai dire. Car ces vieux bouquins devenus inconfortables à mon œil, tant ils ont été imprimés petitement, toute cette vaisselle dont une bonne moitié ne me sert jamais, ces affiches reléguées en rouleau dans un coin, ces ceci ... ces cela... ces autres cela encore (la liste que je ferais ne serait jamais exhaustive) ne sont jamais que des traces de mon passé revécu avec force ... alors que notre passé vit en nous de toute façon, puisqu'il nourrit notre présent. Trier est pour moi une épreuve que je renouvelle sans cesse. Lâcher du lest est un vertige qui m'apprend l'équilibre et me force à lutter. Aux yeux de qui n'a rien, au jugement de qui défend les espaces zen (que moi je dirais de chambre stérile !), ce que j'écris là doit paraître bien futile et montrer une forte faiblesse, mais c'est ainsi. Sans être dans l'extrêmisme bordélique à la Diogène ou à la Francis Bacon, car je ne vis pas dans la crasse, juste dans la surpopulation ni dans ces appartements vides et pour moi glaçants tant il me semblent relever d'une certaine vacuité existentielle (comment vivre sans être entouré par une sorte de nid protecteur ?) je suppose que c'est in medio que stat la virtus !

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