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Diversion (une autre)

Publié le par Nikole

   


En fait ce n'est pas sur un mais deux articles ... et adaptations que je suis tombée en retrouvant de vieux papiers ; je vous livre ce jour une seconde page (tiens, curieusement, la scène se passe dans un endroit proche du "fait divers" précédent) :

Un homme retrouvé avec une balle dans la tête : "Le cadavre d'un homme d'une cinquantaine d'années a été découvert, samedi après-midi, près d'un étang à Carrières-sous-Poissy. Il aurait été abattu quelques instants plus tôt d'une balle dans la tête". (20', journal métro/RER, lundi 7 octobre 2002)

Ma dérivation littéraire :

    Depuis que je suis môme j'aime cet endroit, aquatique et végétal. Le vaste étang est placide et habité. Les larges feuilles vernissées, à ses bords, claquent quand le vent siffle. Un endroit à moi, où les peuplades rencontrées sont de voix animales, des marcassins aux bouvreuils et des belettes aux cavidoules, regards pointus et canines acérées, mes seules luttes, ce territoire qu'on se dispute à l'aube sombre, dans le tressaillement de l'air, silences contre peurs. Ce sont eux ou moi ; ils appellent ça la chasse, je nomme ces rencontres le rendez-vous avec ce qui bat : la rage, la vie, le partage des sens, qu'importe, rien d'autre que cet ultime moment, puissance contre intelligence ; leur ressenti, leur adaptation, leur vitesse contre mon seul regard, avant mon bras armé. Pour moi aussi, c'est cruel, ce jeu avec l'autre, qui se montre et se cache, qui me nargue et bruit dans les herbes. Et rien d'autre, pendant de longues minutes, que le déchirement du vide, l'absence de la lutte, la patte en demi-fuite, le bras en arc figé, en attente, deux souffles suspendus.
    L'automne avance. Ce matin à l'heure bleue j'ai gagné, ce n'était plus la nuit pas encore le matin la bête a frissonné, haleine à mi-hauteur des branches en contrebas, oiseau sans doute trapu, mais bruits légers mouvements secs, plumes aux tons boisés, intermittences nerveuses.
Mon cœur a battu fort et j'ai tiré très vite : chute lourde et plainte courte. C'était assez loin et j'ai attendu la chaleur en corolle du jour blanc qui s'est levé.
    Longtemps j'ai patienté en regardant les grandes feuilles. Et marché doucement jusqu'à la dépouille de l'animal. Du buisson, presque horizontales, dépassaient deux bottes.


Texte : la plume du Krop
Photos : l'Oeil du Krop

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