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Deuxième diversion (en date)

Publié le par Nikole

     Devant l'enthousiasme démultiplié à la lecture de mes petites scénettes noires (c'est de l'humour ... noir, bien sûr) je ne résiste pas, par forfanterie molle et résistance vaine peut-être, à continuer ma série ... peut-être aussi que je n'ai rien d'autre, dans mon focus perso, ces jours-ci,  que ces paroles déjà dites en mots déjà écrits, il y a longtemps, et qui me reviennent.

    Des retards d'une à trois heures ont été enregistrées hier sur les grandes lignes à Paris-Est après un accident à Chézy-sur-Marne. Disparue d'une maison de retraite vers 8 heures, une pensionnaire de 84 ans est morte après avoir été happée par un train de marchandises quarante minutes plus tard. Une enquête est en cours. (20', journal du métro, 19 juillet 2002).
 

   
    Ma diversion est la suivante (avec de légères variantes, cela dit, au texte initial) :

     Maria, Mari-a, Mari-a, Mariii-a ... chanta Maria en traversant le décor de carton-pâte de l'hospice façon West-side story ... mais à l'ouest, comme à l'est (des dunes, pas si loin) rien de nouveau. Elle sourit en petite gamme édentée ... je mélange tout moi, quelles vieilles carnes ces souvenirs !

   La jeune schnock à l'accueil, la garde-chiourme, ne la vit pas sortir, affalée qu'elle était sur un écran à emprisonner les rêves.
Une lumière crue passait sous la porte, les oiseaux chantaient ; elle sortit.

    L'air si vivant souleva son cœur de gratitude, le ciel était bleu comme l'avaient été les yeux de son Anton, jusqu'au dernier regard, dans son regard à elle.
Comme c'était doux, ça la faisait rire toute seule, cette balade en cachette, buissonnière.
Elle fit halte sur une petite place, sortit le croûton de pain qu'elle avait toujours dans sa poche et donna des miettes aux pigeons. Près d'elle, un homme la dévisageait méchamment, agité de tics nerveux.

   Elle resta quelques instants, sereine malgré tout, et reprit sa promenade. Elle marcha et marcha encore, fatiguée, mais heureuse de l'être, en sentant la vie si vive dans son corps si vieux, et émue du plaisir qu'elle sentait à la chaleur solaire intense sur ses bras fripés.

   Elle se retourna, loin de tout maintenant et devina, derrière les arbres là-bas, la voie ferrée, ombres filantes, battements, cliquetis métalliques qui faisaient vibrer les rails. Alors elle allongea le pas, tranquille et décidée, vers les reflets brillants intermittents, regardant le ciel, et souriant, placide, à son définitif amour.

 

    Ce n'est pas une chanson de comédie musicale qui me vient en tête en suivant Maria, mais celle-ci (parce que le voyage, la douceur, et la mélancolie) :

chanson

  Texte et photo : Le Krop.

 

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