Kronikole semaine 43
Ces impressions de lassitude, de sentiments mélangés, de petits moments doux ou tristes, selon l'instant, le temps, les évènements, le corps, le nôtre, celui de nos proches, souffrants, plus ou moins fort, plus ou moins longtemps. Douleur de l'injustice, de certaines noirceurs. Fatigue aussi, même en étant calmes. Nous sommes traversés par tant de choses qui épuisent vite. Et puis, de temps en temps, un sourire, une voix, un regard, une embellie passagère. Question d'âge que tout cela ? Dommage si c'est ça. Et pourtant, sentiment presque constant d'efforts et de volonté d'être, volonté de sourires, de lutte. Heureusement l'amour, l'attachement si forts, magiques et qui toujours nous sauvent de quelque chose, même si je ne sais pas vraiment de quoi !
Insomnies. Tourner. Se lever. Regarder des documentaires artistiques. Se recoucher. Se rendormir un peu. Temps en briques décalées, aplats de nuit et d'aube sur des paupières impatientes. Et l'écoute intérieure. Check ! Oreilles ... Bourdonnent ? Bourdonnent pas ? Et les tiennes ? Sifflent ? Sifflent pas ? Jamais les actes de chaque seconde n'auront été aussi liés à la seconde même. Et là-bas, ma pauvre petite avec son dos comme celui d'une vieille toute cassée. Quand un enfant ne va pas, ne devrait-il pas -sourire jaune- faire un procès à sa mère ?
Je ne sais quelle force magique et mystérieuse invoquer pour nous aider. Nos morts ? Mais nous protègent-ils ? En ont-ils la force ? Le pouvoir ?
L'écriture peut-elle être aussi fluide que l'eau ? Même si la rivière est noire. Il pleut souvent. Fort. Les lumières de la ville sont très belles le soir dans la pluie.
(Black river ; sinon ici )
Failli avoir l'occasion d'écrire et de décrire encore une histoire de bricolage très, trop ardu. Heureusement IL est génialement futé et persévérant, cherche et trouve toujours des solutions. Si je pouvais, je mettrais des bibliothèques et des étagères partout, absolument partout. Je vivrais dans un château de papier. D'ailleurs je vis dans une maison de papier. Les livres et les cahiers en tous chemins débordent, s'amoncellent et se mélangent. Pages pages et pages encore. De nouvelles planches de bois surplombent depuis hier les portes du fond. Et IL est venu à bout d'un chtoong qui bloquait une cheville. Plâtre, enfoncement creux versus dureté de masse de béton ou de rail métallique. Mamaillage. Accommodements. Mèche courte ! Arrangements judicieux avec les difficultés. Les vis et la vertu (bricoleuse, débrouillarde) ; je suis admirative.
(Aubert, chanson idoine, ou ici)
Pirogis chez Beata après le pilates et ses efforts utiles. On découvre une porte fracassée. La Polonaise s'est fait cambrioler sa petite échoppe. Bande de connards lâches qui, parce qu'il n'y a pas de rideau de fer, défoncent une porte et piquent une caisse avec trois francs six sous. Lamentable ! Dans ma ville plutôt sans problèmes ça commence, sans doute y-a-t-il un ver déjà dans le fruit.
La grande est passée. Transit. Retour avec plus de deux heures de retard vers le Sud. Rien ne fonctionne vraiment plus bien maintenant. Je l'ai plainte. Mais elle l'a bien vécu. A raconté des échanges entre les passagers, peut-être même des rires. C'est bien. Je la trouve patiente.
La petite n'est pas venue. Terrassée par la douleur maintenant récurrente, et terrible, de son dos. Me demande de ne pas m'inquiéter trop, sans quoi ça ajoute à sa propre angoisse. Impossible, mais je me force, je lui envoie des ondes d'amour. Terrible de ne pouvoir rien faire contre la douleur éprouvée par les proches qu'on aime tant. Le sentiment d'impuissance est tellement fort. Troublant. Je pense à elle et, avec les jours qui passent, je me dis, j'espère, que le temps fait son œuvre, que la descente de la douleur est peut-être plus proche que celle de sa montée. Si seulement ! Mon cœur tremble. Elle attend. Elle est courageuse.
Quand j'étais ado, et que j'avais mes migraines, ma mère disait qu'elle aurait voulu prendre un peu de cette douleur. Moi aussi j'aimerais pouvoir faire ça avec lui, avec elles. Mais ça ne marche pas comme ça ! Un cierge à sainte Rita ? !
Il y a ce rêve de la nuit où Sixto Rodriguez se met à jouer, à la guitare, souriant, tout près de moi, Get away. N'en connaissant pas les paroles, je fredonne l'air en l'accompagnant et c'est un très beau moment, émouvant, de partage.
(sinon, lien ici)
Ma ville a une moyenne d'âge assez élevée. Elle est habitée de familles avec enfants et de retraité(e)s, souvent seul(e)s dans certains cafés de mon quartier. Quand je vois des couples à cheveux gris se donner la main, je suis toujours attendrie.

Souvent, je trouve qu'ils se ressemblent ...
Un jour, à la fin de la semaine, la petite me dit qu'elle souffre un peu moins et qu'elle a fait une nuit complète. C'est encore trop peu mais ça évolue favorablement. Un baume pour nous deux. J'entends à sa voix une tension, une inquiétude encore présentes mais, c'est vrai, moins fortes. Puisse-t-elle aller mieux très vite. Et ne pas attendre des lustres le dopler et l'IRM que le médecin veut qu'elle passe.
Comme souvent, je me rappelle quelques images de mes songes, celui-ci, ce matin, en particulier : sur le rebord de ma fenêtre, un gros chat noir est emmêlé avec un gros oiseau noir. Ça ressemble à une parade, mais on ne sait si elle est guerrière ou affectueuse. Je les vois tomber, puis revenir, pour retomber dans les airs, sans doute en volant, je ne vois pas, car ils sont tout de suite très loin et hors de la portée de mon regard. La portée des rêves !
En mouvements alternatifs ou conjugués, pluie, vent, pluie, vent ... parfois, l'air bouge, pleure, respire ou danse fort. Comme la vie.






