Kronikole semaine 41
Dans ma nuit, il n'y a pas le bruit des bombes ni l'éclair de feu des explosions.
Les vies sont silencieuses et sereines. En tout cas ici et maintenant.
Pas de sang pas de larmes pas de corps estropiés torturés là tout près.
Dans mon horizon le noir tranquille et les passages réguliers et doux des métros et des trains.
Fenêtre grande ouverte à la nuit qui scintille, les heures passent, encore un jour, jusqu'au matin.
En ces instants précis, il ne se passe rien, pas encore, pas ici. Ce rien, tant d'êtres voudraient le vivre.
Et je mesure, à l'aune des horreurs du monde, le privilège, immense, d'être là.
(Adamo et Maurane, inch allah)
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Lundi 9 octobre
C'est à peine le jour, un peu plus de 7h, et cette charretée de voitures en contrebas. La vie des gens qui vont la gagner. Le chaos foutoiresque de métal et de plastique, d'effacements et de passages. Goulots d'étranglement de vie, là aussi. Les grandes villes et leurs abords, atrophiés, étouffés. Du coin de l'œil, je regarde. En dehors.
Mardi 10
Grande lassitude du monde, de la connerie humaine inhumaine et de son incapacité à seulement imaginer un monde de paix.
Regarder pousser les plantes dans mon pré carré de luzerne. Flower power.
(Pete Seeger, Where have all the flowers gone ?)
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Avec Toinette, on fait fi du reste, et on va manger, boire et fumer au ptit restau vietnamien du coin, à deux pas. On reste attablées dehors, longtemps, en paix.
Mercredi 11
Ma cadette sera là ce soir. Un peu de ménage. Je n'aime pas la saleté en général mais m'acclimate assez bien de la poussière : livres et proximité de la pollution autoroutière jamais ne m'en éloigneront.
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Je ne suis pas une personne de raison, mais d'émotion, d'instinct, de cœur et de gueule, même si je fais des efforts pour que ma colère et mon humour noir ne soient pas dévastateurs : ils le sont, parfois, même pour mes proches. Quand on ne me connaît pas, on peut ne voir que le masque de métal qui protège une chair trop fragile et des lèvres qui tremblent.
Jeudi 12
Pilates. Corps à conserver. Vivre encore avec le moins de douleur et le plus de souplesse possibles.
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J'ai cette phrase en tête : Un instant dans la vie d'autrui. Ce soir, répète des Femmes savantes pour le téléthon ... ça fait drôle de les revoir juste pour cette pièce mes ancien(ne)s collègues : cette année j'ai abandonné le théâtre, et je n'en souffre pas ... peut-être que j'en ai fait le tour, assez en tout cas pour ne plus avoir de manque ou de frustration dans ce domaine.
Vendredi 13
Anniversaire de ma grande petite, qu'un rendez-vous fait passer plusieurs jours chez moi : je vais materner un peu, et repartager quelque temps avec elle le lieu et notre amour réciproque.
Dimanche 15
J'aimerais bien parler de choses qui me sont importantes mais dans une vie qui serait légère : l'écriture, la photo, l'Art, qui nous aide ou devrait nous aider. Mais il y a cette sorte de figement de tant de vies, qui peut faire trouver déplacé l'attrait pour quelque chose qui soit autre chose que la VIE, précisément. Et pourtant les deux peuvent et doivent coexister : on ne peut parler sans cesse du malheur du monde, même s'il nous habite profondément. Rester accessible aussi aux autres choses, c'est refuser de se laisser aller, au moins en partie, aux miasmes purulents du Mal !
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IL est là. Et c'est comme un partage de lumière.

