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Kronikole semaine 42

Publié le par Nikole

 

Kronikole semaine 42

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    Le fil des jours ... je ne suis plus les dates, les heures, le temps file et je me renfrogne, le cerveau roulé en boule. Je pleure Dominique Bernard comme je pleurais Samuel Paty et tous les autres, avant et à venir. Avec un désespoir et une colère farouches, mais le refus de me laisser abattre, au moins au figuré, humour de clown triste.

 

    Chaque geste de notre quotidien est un acte arraché au malheur et au néant.

 

   Chaque main tendue, baiser échangé, caresse du regard ; chaque pépite d'amour est à ajouter à notre besace de non-malheur, à défaut de bonheur.

   

   Elles vont, elles viennent, je suis toujours sur le chemin. Je les accompagne jusqu'en bas et je les laisse partir sans aller plus loin. Quand elles disparaissent, elles ont saisi le truc, me voient les prendre en photo, faut que j'arrête avec ça, elles se retournent, sont agacées ou pas par ce nouveau rituel, je ne sais pas.

 

   Un nouveau matelas pour le dos de l'ours : un ours ... bien dormir ... essentiel !

   Dormir, oui. IL se réveille, mordu par un moustique, et la chaleur ; fenêtre bien entrouverte.

   Insomnie un peu pour nous deux. Je l'ouvre en grand la fenêtre : bienheureuse fraîcheur.
  Couchée sur le dos, je regarde au plafond le rectangle de vague lumière montant de la cour. S'y balancent d'intermittentes boréales grises dessinées par le mouvement des feuilles d'arbres ; à chacun ses lueurs nocturnes.

 

   Il me raconte celle de sa mère ; il fait, et je l'aide, la première Tatin de notre vie.


   On essaie le ptit restau brésilien qu'on dépasse toujours sur la route du Pilates : cuisine de femmes, dans leur langue. Dépaysement, niche de ce lieu dans la grande avenue. C'est bon. Instants privilégiés. Toujours. 

 

   Ces instants où l'on se sent si bien de n'en pas vivre d'autres sont décuplés après chaque peur. Les anomalies soudaines du corps me prennent tellement par surprise que je ne parviens pas à me raisonner. Nouvelle crise d'acouphènes, léger déséquilibre en sus. Mon oreille gauche est muette de l'extérieur, bourdonnante à donf "intra muros". Apparitions rares, mais régulières que cette surdité nid-de-guêpes. Encore une fois, corps tisonne, cortisone : merci la science et ses découvertes magiques.
   Je me revois à Oléron il y a quelques mois, à ce moment précis, pacifié, où la crise s'est arrêtée, comme une flamme qui s'éteint en douceur : nous marchions alors le long de l'eau, tout au bout de Saint-Trojan.

 

    Réveil à peine l'aube. La boulangerie à deux pas. Je suis sortie nous chercher des croissants. Jean-imper par-dessus la chemise de nuit, comme je faisais quand j'amenais mes gamines à l'école. Il fait un vent, par instants, à décorner les bœufs, les taureaux, les taurelles et les vaches. La rue est déserte. Je n'ai mal nulle part. La vie semble si calme et la paix si profonde. Un instant, je ferme les yeux et j'écoute béatement le silence, seulement habité du bruissement de l'air.

 

Kronikole semaine 42

 

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