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Série B

Publié le par Nikole

 

Série B

 

 

Chapitre 1

    Bientôt Les Femmes savantes en Normandie. L'essence, en ce moment ! Se tenir prévoyant. La moins chère du secteur est à une aile d'oiseau. Contact pour faire le plein. Ce n'est pas loin, mais déjà, à peine arrivé, labyrinthique pour trouver l'accès aux pompes. Le supermarché est à plusieurs entrées, faut les trouver dans ce quartier encombré, truffé de sens interdits, de portes marquées "accès" mais bloquées, d'entrée finalement visible au dernier moment ! On y arrive, mais la station service, souterraine, est sombre, mal foutue, il y a des voitures dans tous les sens, des pompes inaccessibles ; on patiente et on s'en arrange. La cliente plus loin, devant nous, est aussi empotée que je puis l'être devant une machine, elle essaie, réessaie, réessaie encore de mettre sa carte bancaire, ici ? là ? saisit un tuyau en en faisant tomber un autre. Cata complète, elle finit par mettre trois fois rien et se casse ; entre nous et elle, il y a un ptit jeune, qui roule sur le tuyau au sol sans le voir, et tente sans y parvenir de se servir de ladite machine qui en tout état de cause, s'est pris un bug. On lui explique pourquoi. Il libère le tuyau écrasé. Se sert enfin, ça refonctionne. Nous gratifie d'un petit signe de la main reconnaissant quand il repart. Enfin, à nous ! Marche pas. On recommence. Marche pas. Bon sang, bien sûr, la cuve de cette essence-là est sans doute vide. Et comme la station est en libre-service, aucun humain ne contrôle quoi que ce soit ni ne prévient de rien. On  change de pompe. Bingo, ça fonctionne!

    On va pour se garer : tant qu'à être dans un hypermarché, autant regarder s'il n'y aurait pas quelques achats intéressants à faire, sait-on !, et on saisit un accès transversal qui mène au parking -1, même si, chose étrange et illogique, ça monte ! On se retrouve presque nez à nez avec une voiture garée dans un tournant, et un type qui nous regarde bizarrement. On atterrit dans ce qui ne ressemble que très vaguement à un parking, sombre, étriqué, complètement délabré, avec des voitures garées nimp', et même des gens qui réparent ! Ça a un côté cour des miracles pas réjouissant ! Vaille que vaille, on trouve une place et on se dirige vers l'accès au magasin ... pour se retrouver devant une porte vitrée explosée en mille éclats, un ascenseur qui ne fonctionne pas, des escaliers absents, des renfoncements-débarras borgnes éclairés au néon avec rien d'autre que quelques détritus. On est où ?

 

Chapitre 2

    On rebrousse chemin et on sauve la voiture de menaces intangibles mais qu'on se met, palpables, à supputer tous les deux. On sort, un poids menaçant dans le bide. Avec bien du mal. La sortie visible arbore, au dernier moment, un sens interdit. Marche arrière, klaxons, on gêne, on est gêné. On se croirait dans un mauvais film. Bad vibrations. On est tombé où ? On finit par trouver une sortie et par respirer. IL veut qu'on cherche une autre entrée, un, ou le vrai parking, alors que moi non, rentrons ! Laissons tomber ! Mais on aimerait comprendre, quand même, alors on tourne un peu à nouveau et on découvre, engoncée mais plus normale, une entrée qui semble être la bonne, même si on hésite car des panneaux drive fleurissent partout. Comme on s'arrête une fraction de seconde, on se fait klaxonner par un casquetteux pressé d'entrer dans ce bas lieu de la consommation. On accélère. Un vrai parking, immense. On se gare. Et on cherche longtemps l'accès aux magasins. Escalator. Hypermarché.

 

Série B

 

 Chapitre 3

     Le centre commercial est peu fréquenté, très peu. Il ressemble à une ville abandonnée. Peu de boutiques ouvertes et la plupart, volets métalliques baissés, sont laissées à l'abandon, détériorées, sales. On enquille dans l'hypermarché histoire de faire quelques affaires, sait-on. C'est un entrepôt, immense, tristoune, peu avenant. Jamais je ne ferais mes courses ici régulièrement. L'atmosphère, sans que je détecte pourquoi, est anxiogène. En fait on se croirait au pays des zombies, qui déambulent lentement caddies très peu remplis et regards torves. Et en observant certains produits, on s'en aperçoit, à part quelques articles qu'on trouve, et encore, en cherchant bien (un comté, des sardines, du bicarbonate non alimentaire), c'est aussi cher que dans mes commerces de proximité. Qui vient ici ? Les gens du quartier, probable, apparemment par ailleurs peuplé de beaucoup de musulmans : au petit magasin-démarque-d'objets qui jouxte, plus fréquenté, et où je trouverai des ampoules assez bon marché (vous avez vu le prix des ampoules !!!) la majorité des femmes sera voilée ; curieusement, peut-être parce qu'elles seront d'un certain âge, je m'en formaliserai un peu moins que quand je vois une nouvelle génération totalement rétrograde en termes de philosophie humaine. À la caisse, je plains intérieurement la personne qui doit traîner ses guêtres chaque jour pour venir travailler dans cet univers sordide. Et je ne me rends même pas compte, c'est LUI qui fait une remarque, que le client suivant, blanc affublé d'une torchonnée en noir, est penché au-dessus de moi quand je fais le code de ma carte bancaire, le sans contact n'ayant pas fonctionné, comme trop souvent.

 

 Chapitre 4

    On s'extraie, on regagne le parking. Sur le chemin, dans les couloirs, on peut admirer encore une fois la désolation des lieux, la tristesse, la vétusté, la crasse, l'abandon. C'est un immeuble à plusieurs étages, comme la plupart des centres commerciaux, mais il y a fort à parier qu'il fermera tôt ou tard. On lève les yeux, les ampoules mortes ne sont bien sûr pas remplacées et là-haut, tout là-haut, une sorte de faux-plafond à claire-voie laisse pendre des pans de matériaux tombés et abandonnés là dans la plus parfaite indifférence. Déchéance généralisée.

 

 Épilogue

    On regagne la voiture, pas encore soulagés tant qu'on ne sera pas sorti de cet enfer ... dont on a bien du mal à s'extraire ; on ne trouve pas l'issue : les vagues panneaux "sortie" sont contradictoires, des voies bloquées par des barrières. On tourne un peu au hasard, aucune flèche ne menant quelque part, dehors !, jusqu'à trouver une indication qu'on ne pouvait voir qu'au moment où l'on était juste devant, à demi-cachée qu'elle était par un mur.
   À l'air libre, après cet épisode vécu comme kafkaïen, je ne retrouverai mon calme intérieur, et encore !, qu'après avoir regagné mes pénates protecteurs, assise sur le canapé, un verre de vin à la main.

 

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