KroniK67 (2023-semaine12)
Lundi 20 mars
Un lundi en partie noir, à cause de ce polar ou en tout cas de ce moment vécu comme tel.
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Dans la soirée, vu pour la je ne sais combientième fois, avec toujours de l'émotion devant cette peinture d'un caractère comme celui-là, La dentellière, avec I. Huppert. Un film qui n'a l'air de rien, et semble une bluette, en son début, mais déchirant, dans sa peinture de l'amour, de la passion silencieuse et glacée, glaçante. Souvenirs de lycée où au ciné-club on devait "découvrir" la scène-clé. Dans celui-ci, pour moi, un tableau de Magritte : l'homme jeune, qui s'est détourné de la jeune femme, regarde au loin par la fenêtre, et elle, nue, près de lui, habillé, tend sa main, pudique et crue, qu'il prend et éloigne. Dans cet abandon, cette offrande de son corps comme ultime don, le seul qu'elle puisse faire dans son sentiment d'infériorité "de cerveau et de classe", il y a tout le désespoir cruel et définitif du monde. C'est comme si elle mourrait, à ce moment-là. Sa folie est une alternative, une "petite mort", à la mort réelle. La dentelière, en perdant le fil de cet amour, a tout perdu du tissu de sa vie, toutes les mailles ont lâché, c'est cette image qui m'est apparue quand on la voit, précisément, tricoter dans l'hôpital qui protège sa folie silencieuse dans un corps et une vie qui sont devenues un grand vide.
Mardi 21 mars
Triple expo-photo rue des Archives, à la Fondation Cartier-Bresson, avec des photos croisées de icelui et Helen Levitt au Mexique, et une grande expo Paul Strand.
En rentrant, refait avec plaisir quelques images de métro :
Mercredi 22 mars
Série "Jeux d'influence" à la télé. Politique-agriculture-pesticides. Au cas où l'on oublierait sur quelle pourriture humaine gouvernée par l'argent des lobbys poussent la manipulation et le crime, réel ou via les maladies mortelles qu'ils génèrent.
Jeudi 23 mars
Soulages célébrait le noir, j'ai découvert une peintre de la même époque mais bien moins connue, Geneviève Asse, célébrant le bleu, celui de la mer bretonne, changeante, nuancée au fil du temps, du vent, des embruns, des heures, de la lumière.
N'a-t-on pas tous nos bleus de rêve ou rêvés, entrevus, oubliés, pastels de souvenirs encrés, ancrés ...

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Cafouillage monstrueux lors de notre dernier filage avant le spectacle de samedi : bredouillis, blancs, mélanges de répliques. On va se prendre des tomates sur la tronche c'est pas possible. Et intérêt à tous être studieux demain et à revoir calmement, avec concentration, nos rôles. Trac immense.
Vendredi 24 mars
Huguette -Marion Game- une des protagonistes de "Scènes de ménage", vient de mourir. Je ne sais pas si elle était malade, mais quand ce n'est pas le cas, et que de vieilles personnes meurent, je suis toujours étonnée que les gens ne deviennent pas centenaires.
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Sinon, stress stress stress la boule au ventre pour demain.
Samedi 25 mars
Rêvé d'un quartier de viande à vif, sans doute un cochon de lait, dans lequel quelqu'un plongeait les mains pour manger. Sans doute une réminiscence d'image entrevue à la télé (un homme tanneur devant la dépouille d'un orignal). Vision malaisante dans le songe, et qui m'a rappelé, toujours au ciné-club sus-évoqué, "Los olvidados" de Buñuel où, si je me souviens bien, une petite fille porte un quartier de viande crue et tremblante. C'était la même impression étrange, désagréable.
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Lever à 6h. Nous nous rendons ce jour à Fontaine-Simon, une heure et demie de voiture, pour aller jouer "Les Femmes savantes" dans une salle des fêtes.
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La journée fut rude, pleine, difficile. Concentration âpre. Lessivée je suis. Relâchement après la tension. En début de soirée, je m'endors sur le canapé.
Dimanche 26 mars
Rêve de batterie de casseroles emboîtées ... on dirait presque une sculpture : quid ?
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Le mari de "Bélise" nous a déjà transféré la vidéo de notre spectacle d'hier, qui fut mauvais, plein de trous et de déstabilisations. J'admire quand même ce cerveau magique humain qui nous fait retomber sur nos pieds dans ces moments de grande approximation. De la haute voltige. La troupe, alors, ne fait qu'un seul corps dont les divers organes, s'ils dysfonctionnent, affectent l'ensemble. Alors cette faculté d'adaptation du cerveau, des réactions, du moment à sauver, me rend admirative. Et reconnaissante.



